Un procès hors norme s'ouvre devant la cour criminelle du Morbihan. Un homme de 28 ans est jugé pour des viols commis à distance sur des mineures, sans jamais les avoir touchées physiquement. Les faits, qui se sont déroulés entre 2017 et 2020, impliquent des victimes âgées de 11 à 14 ans, contactées via des jeux en ligne comme Fortnite ou Minecraft.
Une manipulation psychologique à distance
Selon l'accusation, le suspect se faisait passer pour un adolescent sur les plateformes de jeu. Il gagnait la confiance des jeunes filles, puis les contraignait à des actes sexuels via webcam, sous la menace de diffuser des images compromettantes. Les enquêteurs ont recensé au moins 14 victimes, mais le nombre réel pourrait être plus élevé.
Le parquet a requis une peine de 15 ans de réclusion criminelle. L'avocat de la défense, Me Yann Le Guen, a plaidé l'absence de contact physique, estimant que la qualification de viol était disproportionnée. « Mon client reconnaît des faits graves, mais il n'y a pas eu de pénétration au sens traditionnel », a-t-il déclaré.
Une jurisprudence en construction
Ce type d'affaire interroge le droit français. La notion de viol implique généralement un acte de pénétration sexuelle. Or, dans ce cas, les actes ont été commis à distance, via écran interposé. La cour devra déterminer si la contrainte morale exercée par le prédateur équivaut à une violence physique.
Pour les parties civiles, il ne fait aucun doute que les victimes ont subi un viol. « Ces jeunes filles ont été traumatisées, certaines ont tenté de se suicider », a affirmé Me Isabelle Steyer, avocate de plusieurs victimes. « La distance n'enlève rien à la gravité des actes. »
Un phénomène en hausse
Les viols à distance sont en augmentation, portés par la généralisation des usages numériques chez les mineurs. Selon une étude de l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique, 23 % des adolescents déclarent avoir été confrontés à des sollicitations sexuelles en ligne. Les jeux multijoueurs sont particulièrement propices à ces dérives.
Le verdict est attendu vendredi. Il pourrait faire jurisprudence et influencer la manière dont la justice appréhende les violences sexuelles commises via les nouvelles technologies. En attendant, l'affaire met en lumière la nécessité d'une meilleure prévention auprès des jeunes et des parents.



