Un réseau de trafic de cocaïne et d’héroïne démantelé dans le sud de la France
Le tribunal judiciaire de Nîmes examine depuis ce vendredi matin une vaste affaire de trafic de stupéfiants impliquant cinq prévenus. Les douanes ont mis au jour un réseau structuré écoulant cocaïne et héroïne dans plusieurs départements du sud de la France, notamment le Gard, le Var, le Vaucluse et la Drôme. Au cœur de ce dossier, Melik G., un quadragénaire originaire de Valence, déjà connu pour de multiples condamnations, comparaît en récidive légale.
Melik G. : une figure du trafic de stupéfiants
Melik G. n’en est pas à son premier procès. Avec 27 condamnations à son actif, principalement pour trafic de drogue, port d’armes et évasion, il est décrit comme une figure du milieu. Il avait déjà été victime d’une tentative de meurtre dans un parking, organisée par un autre trafiquant. Bien qu’il ait semblé s’être rangé, les enquêtes ultérieures l’ont de nouveau impliqué dans des affaires de stupéfiants. Ce vendredi, vêtu d’un pull noir, il écoute attentivement les débats, mais son calme apparent cache une tension palpable.
Les nullités de procédure soulevées par la défense
Dès l’ouverture de l’audience, la défense a soulevé plusieurs nullités de procédure. Un élève avocat d’un cabinet parisien a contesté la régularité des consultations de fichiers de véhicules par les douanes, des fouilles de voitures et des relevés bancaires. La représentante des douanes a justifié ces actes en rappelant les prérogatives légales des douaniers. Le parquet a estimé la procédure parfaitement régulière. Après délibéré, le tribunal a décidé de joindre l’examen des nullités au fond de l’affaire.
L’enquête : des flux de drogue et d’argent vers les Émirats
L’enquête a débuté par la dénonciation de l’ex-compagnon d’une habitante de Saint-Gilles, qui revendait une cinquantaine de grammes par semaine à son entourage. Une perquisition a permis de saisir environ 100 grammes de stupéfiants. Les investigations ont également révélé des déplacements réguliers aux Pays-Bas, avec des arrêts à Valence au retour. Dans un appartement nîmois, les enquêteurs ont découvert des téléphones, des cartouches, un gyrophare bleu, un gilet pare-balles, de l’héroïne, de la cocaïne, des cartes SIM, des cartes de transfert d’argent, des dinars, des dirhams et un brouilleur de téléphone. Surtout, des transferts d’argent vers les Émirats arabes unis ont été mis au jour.
Les prévenus : des profils variés
Parmi les cinq prévenus, deux femmes sont impliquées. L’une d’elles, conseillère en insertion professionnelle, a reconnu les faits en expliquant qu’elle était avant tout consommatrice. Elle a indiqué avoir été entraînée dans le réseau par son ex-mari, dans un contexte de violences conjugales. Une autre prévenue, vêtue d’une tenue chic et de mules Miu Miu, a assisté impassible aux débats. Interrogée sur d’éventuelles pressions, elle a admis avoir été intimidée par Melik G., mais sans pression directe.
Les réquisitions du parquet
Le ministère public a dressé un portrait accablant de Melik G., soulignant ses 27 condamnations et sa persistance dans le trafic. « Il persiste dans la carrière de trafiquants », a déclaré la magistrate, requérant neuf ans de prison et 10 000 euros d’amende. Pour les autres prévenus, des peines moindres ont été demandées, en fonction de leur rôle.
Les plaidoiries de la défense
Me Alexandre Martin, avocat toulousain de Melik G., a contesté la solidité du dossier. Il a dénoncé un « impressionnisme judiciaire », avec un manque de dates et de faits précis. « Votre dossier n’est pas solide pour une comparution immédiate, a-t-il plaidé. La comparution immédiate, c’est le dossier des apparences. » Il a présenté les multiples condamnations de son client comme « le reflet d’un homme à la dérive, pas de la grande délinquance ». Me Saïd Harir, pour un autre prévenu, a décrit son client comme un « second couteau », un « pied nickelé » et un « homme cramé par l’héroïne », estimant qu’il ne méritait pas une peine lourde sans instruction préalable.
Un procès sous tension
L’audience, entamée à neuf heures, s’est prolongée tard dans la soirée. Melik G., après avoir interpellé une prévenue qu’il accusait de l’avoir chargé, a été expulsé de la salle d’audience. Le tribunal doit encore délibérer sur son sort. Trois autres dossiers sont également prévus lors de cette audience de comparution immédiate particulièrement chargée.



