Un étudiant français survit à une morsure mortelle en Colombie et relève un défi sportif exceptionnel
Nil Jaunier, un étudiant originaire de Charron en Charente-Maritime, a fait preuve d'une résilience hors du commun après avoir été victime d'une grave morsure de serpent lors d'un séjour en Colombie. Installé dans son salon face à la baie de l'Aiguillon, ce jeune homme de 24 ans raconte avec humour et recul l'accident qui a failli lui coûter la vie.
Un échange universitaire qui tourne au drame
En dernière année de Master 2 en alternance à Kedge Business School de Bordeaux, Nil Jaunier avait rejoint le programme des grandes écoles pour étudier les négociations internationales en Colombie à partir d'août 2025. « J'avais déjà réalisé deux autres échanges, mais je voulais perfectionner mon espagnol dans un environnement plus dépaysant que l'Espagne », explique-t-il.
Sportif accompli ayant déjà participé à un demi Iron-man et réalisé un chrono d'une heure trente au semi-marathon de La Rochelle, il s'était même inscrit au marathon de Paris 2026 avant son départ.
La randonnée fatidique dans le parc national de Tairona
Le dimanche 12 octobre, lors d'une excursion dans le parc national naturel de Tairona avec des camarades étudiants, le drame survient. « Nous faisions une randonnée de six heures dans une forêt peuplée de serpents, de jaguars et de singes. Il ne fallait surtout pas prendre de retard », se souvient Nil.
À dix minutes de l'étape du soir, alors que le groupe accuse un léger retard, ils arrivent sur une plage où le sable se confond avec la forêt dans la pénombre naissante. C'est à ce moment que Nil ressent une piqûre au mollet droit. « J'ai d'abord cru à une simple piqûre d'insecte », raconte-t-il.
Ses camarades aperçoivent un serpent s'enfuir sans pouvoir l'identifier précisément - la Colombie abritant plus de 1 000 espèces différentes. L'état du jeune homme se dégrade rapidement : « J'avais comme des battements de cœur dans la jambe et les doigts qui commençaient à se paralyser ».
Une évacuation périlleuse et des soins intensifs
L'évacuation s'organise dans des conditions précaires : d'abord avec une simple barque de pêcheurs « alors que des caïmans se trouvaient à proximité », puis à pied pendant vingt minutes avant qu'une ambulance ne le conduise à une clinique de Santa Marta.
Nil évalue sa douleur à 8 sur une échelle de 10. Pendant trois jours aux urgences, allongé sur un brancard, il reçoit quatre doses d'anti-venin. « Les médecins m'ont expliqué qu'un seul croc du serpent avait touché ma jambe. Si les deux avaient pénétré, je ne serais plus là pour en parler », confie-t-il.
Malgré la gravité de la situation, Nil garde un moral d'acier. Sa mère, Virginie Guillot, se souvient : « Il m'a envoyé un SMS disant simplement : je me suis fait mordre par un serpent, je suis à l'hôpital, mais tout va bien ».
L'aggravation et le rapatriement en France
Après trois premières opérations sous anesthésie locale, une nécrose apparaît. « Dans ma tête, on allait tout droit vers l'amputation », avoue le jeune homme. La situation nécessite son transfert par avion sanitaire vers le meilleur hôpital de Colombie, après de longues négociations, pour y subir deux nouvelles interventions.
« J'ai reçu des doses d'un antibiotique très puissant, une sorte de bazooka », décrit-il. Finalement rapatrié en France le 21 novembre, il est admis le 1er décembre au centre de maladies infectieuses et tropicales de Bordeaux.
Les séquelles sont lourdes : « Il ne me reste plus que 5% de mon muscle tibial antérieur. Je ne peux plus relever mon gros orteil ».
Le défi du marathon de Paris, six mois après le drame
Malgré ces séquelles importantes, Nil Jaunier participe au marathon de Paris le 12 avril suivant - exactement six mois jour pour jour après sa morsure. « C'est symbolique », commente sa mère avec émotion.
Pour relever ce défi, il s'est équipé d'une orthèse spéciale avec une boucle élastique accrochée à sa chaussure qui lui permet de relever le pied. La combinaison fonctionne : il boucle les 42,195 kilomètres en 5 heures 42 minutes, soit une moyenne de 8 km/h.
Cette performance sportive exceptionnelle est réalisée au profit de l'association Un pas pour Aylisse, qui soutient une jeune Charronnaise de 12 ans atteinte d'amyotrophie spinale infantile. « Ce que j'ai traversé m'a ouvert les yeux sur une réalité que beaucoup vivent au quotidien, sans que ça s'arrête, sans retour possible », explique Nil.
Un parcours marathonien rempli d'émotions
Le jeune athlète raconte son parcours avec franchise : « J'ai couru jusqu'au 28e kilomètre. J'ai failli crever, puis je suis reparti au 33e en marchant et en trottinant. À partir du 38e km, j'ai couru jusqu'à la fin. Je me suis laissé porter et j'ai pleuré en passant la ligne d'arrivée. Je n'ai plus de jambe et de pied au sens propre, mais j'ai terminé ».
Prochain objectif pour ce rescapé de Colombie : le marathon de La Rochelle en 2027. Un défi qui nécessitera cependant une nouvelle opération chirurgicale entre-temps.
L'histoire de Nil Jaunier témoigne d'une force de caractère remarquable, transformant une expérience traumatisante en un message d'espoir et de solidarité, tout en repoussant les limites du possible malgré un handicap physique significatif.



