Le tribunal correctionnel de Nice a examiné, en partie, ce lundi 6 juillet 2026, l'affaire des streamers azuréens Owen Cenazandotti, alias « NarutoVie », et Safine Hamadi, poursuivis pour des faits de violences, d'humiliations et de discrimination commis lors de leurs diffusions en direct sur la plateforme Kick.
Un succès bâti sur le trash
Ils ont construit leur succès sur des lives mêlant humiliations, violences et discriminations. Sur la plateforme australienne Kick, la chaîne de « Jean Pormanove » s'est hissée au premier rang français, figurant régulièrement dans le top 3 national et atteignant même, à plusieurs reprises, la première place mondiale. « On a fait des lives avec 80 000 internautes. Un Stade de France », se félicite à la barre Owen Cenazandotti. Un succès revendiqué comme l'héritage de programmes tels que Jackass ou le Morning Live de Michaël Youn.
Mais cette success-story s'est brutalement arrêtée avec la mort de Raphaël Graven, plus connu sous le pseudonyme de « Jean Pormanove » ou « JP », dans la nuit du 17 au 18 août 2025, après treize jours de direct ininterrompu. L'autopsie a conclu à une mort naturelle consécutive à une défaillance cardiovasculaire. Ce ne sont donc ni les coups de fouet, les coups de batte de baseball, les gifles répétées ou les tirs de paintball diffusés en direct qui ont causé son décès.
Des coups pour « des vues »
Owen Cenazandotti, 27 ans, et Safine Hamadi, 24 ans, comparaissent notamment pour des violences en réunion, des violences sur personne vulnérable et sur mineur de moins de 15 ans, l'abus frauduleux de l'état de faiblesse d'une personne vulnérable, la diffusion d'images d'atteintes volontaires à l'intégrité physique ainsi que des provocations publiques à la haine en raison du handicap et de l'orientation sexuelle ou de l'identité de genre. Le premier est également poursuivi pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique.
Les deux hommes ont adopté des lignes de défense radicalement opposées. Safine Hamadi, natif de Nice, explique avoir quitté la région « pour se faire oublier ». Il reconnaît une partie des violences et affirme avoir progressivement pris conscience que ces contenus « n'étaient pas normaux ». Il dit aujourd'hui regretter les humiliations diffusées pour attirer l'audience et admet que les coups « faisaient des vues ». Selon lui, le credo était simple : du trash pour du cash. Le prévenu raconte que le succès est arrivé « crescendo » et qu'il pouvait percevoir jusqu'à 6 000 euros par mois grâce à cette activité, sans rien déclarer.
Des lives « scénarisés » et « consentis »
À l'inverse, Owen Cenazandotti conteste l'essentiel des faits. Il ne reconnaît que l'outrage envers le maire de Contes, Robert Nardelli. Selon lui, les lives étaient entièrement « scénarisés », « consentis » et relevaient d'un humour partagé entre amis. Il affirme que personne n'a jamais été blessé et regrette que l'enquête ne retienne que les séquences les plus choquantes parmi plusieurs années de diffusion. « C'était extraordinaire. On était heureux », affirme Owen Cenazandotti avec aplomb.
Des victimes qui ne se considèrent pas comme telles
L'une des singularités du dossier tient à la position des principaux intéressés. Lors d'une audition en janvier 2025, quelques mois avant son décès, Raphaël Graven disait aux enquêteurs : « Je ne suis pas maltraité. C'est des scripts. Il m'arrive aussi de les frapper ». Pour autant, Me Julie Lemée, avocate du frère de Raphaël Graven, a versé au débat plusieurs messages que ce dernier avait adressés à sa mère dans les jours précédant sa mort. « Je pense que ça va trop loin, j'ai l'impression d'être séquestré avec leur concept de merde », écrivait-il une semaine avant son décès. La veille de sa mort, il confiait encore qu'il « n'en pouvait plus ».
L'autre protagoniste des lives, Stéphane Guy, alias « Coudoux », a lui aussi surpris l'audience en affirmant avoir trouvé au sein du groupe « une bande de potes ». Son avocat, Me Philippe Soussi, a annoncé renoncer à sa constitution de partie civile. L'audience se poursuivra mardi 7 juillet avec les réquisitions du ministère public, avant les plaidoiries de la défense.



