Depuis plus d'une semaine, des vidéos montrant des femmes marchant pieds nus sur des braises chaudes ou brisant une flèche en bois avec leur cou envahissent Instagram et TikTok. Ces images proviennent toutes du même séminaire organisé par Michel Destruel : Spartacus. Experts et spécialistes des dérives sectaires émettent des doutes sur le véritable but de cet événement. Organisé du 11 au 14 juin en région toulousaine, E-Spartacus se présente comme un entraînement intensif de quatre jours destiné aux « leaders, networkers et formateurs du marketing de réseau ». Michel Destruel, ancien sportif international de haut niveau et « Top leader MLM mondial » (système de vente directe et recrutement), propose aux participants de marcher sur des braises et de briser une flèche avec leur cou, geste qu'il qualifie « d'acte symbolique de dépassement de soi ».
Un prix élevé et des méthodes controversées
Le coût du séminaire avoisine les 2 000 €. De nombreuses critiques dénoncent une arnaque ou une dérive sectaire. Florent Mercadier, président de l’Association de défense de la famille et de l’individu victime de secte (ADFI), estime que ces formations « ne correspondent pas à une secte au sens strict pour l’instant, mais c’est clairement un coaching borderline, avec des méthodes et des dérives bien identifiées ». Il précise que les premiers signalements remontent à bien avant le buzz médiatique. L'ADFI s'est penchée sur le financement de ces rencontres, jugées « moralement irresponsables » et « frôlant l’escroquerie ». Selon Mercadier, « les organisateurs promettent la fortune à des groupes triés sur le volet, alors que la majorité va clairement perdre de l’argent. C’est le principe du business pyramidal. On vous promet une solution miracle qui pourrait enrichir ceux qui savent la vendre, mais pas les autres. »
Des risques psychologiques pointés par les experts
Danielle Rapoport, psychosociologue, critique « ce culte de la performance qui fabrique des élites ; être fort, invincible, fuir les échecs, être au maximum de ses limites et vouloir les dépasser… Cela peut creuser plus encore des inégalités entre ceux qui ont réussi un exercice et les autres ». Elle dénonce également « l'immense emprise de l'émotionnel sur le cognitif, sur la prise de distance et la nuance ». Florent Mercadier ajoute : « Une personne qui paie 2 000 € pour un week-end intense de coaching, c’est déjà une situation à risque psychologique. N’importe quel thérapeute vous dira que l’état dans lequel arrivent ces gens est souvent fragile. Leur mettre une pression démesurée, leur dire que tout ne dépend que de leur volonté, c’est irresponsable, voire dangereux quand on ne sait rien de leur état psychique ou de leur histoire. »
Pourquoi ce type de séminaire attire-t-il ?
Dominique Steiler, docteur en management et en psychologie, suit ces phénomènes depuis trente ans. Selon lui, « dès qu’on propose une méthode miracle, une “preuve” que tu vaux quelque chose, ça attire les gens. On n’est pas là pour contribuer ou s’entraider, on est là pour prouver qu’on est fort ». Il explique que « dans un monde incertain, où tout paraît dangereux, on cherche à s’armer, à se rassurer ». Faire un séminaire intensif ou décrocher un diplôme prestigieux revient à « s’équiper pour survivre dans une société qui sème l’insécurité à chaque étape ». Les experts s'accordent à dire que Michel Destruel « se valorise (voire se glorifie) de ses succès pendant les stages, mais pas de ses échecs évidemment ». Florent Mercadier conclut : « ce que l’on observe, c’est une survalorisation du coach, qui n’est pas du tout saine sur le plan éthique. Un bon professeur transmet des savoirs, des compétences. Lui, il se vend comme un modèle de réussite. C’est tout ce qu’on reproche dans ce genre de pratiques : c’est l’ego du coach qu’on achète, pas ses connaissances ni ses méthodes. C’est donc déjà discutable d’un point de vue déontologique. »



