À son arrivée à l’aéroport Nice Côte d’Azur, Scott Moreau tombe dans les bras de sa mère et de ses proches. Malika et Scott, les deux Niçois de la flottille pour Gaza arraisonnée par Israël, ont retrouvé leurs proches ce mardi 26 mai 2026. Ils disent leur révolte face aux violences et humiliations infligées aux prisonniers.
Un retour sous le signe de l'émotion
Elle étreint ses filles, il enlace sa mère. Elle dit son calvaire, il explique ses séquelles. Malika et Scott sont de retour, ce mardi 26 mai 2026, à l’aéroport Nice Côte d’Azur. Les deux Niçois qui avaient embarqué avec la flottille pour Gaza ont été expulsés d’Israël. Ils sont libres, mais leurs regards traduisent le calvaire qu’ils ont subi. Et ils songent à celui des Palestiniens restés derrière eux.
18 h 48. Les portes coulissantes du terminal 1 s’ouvrent enfin, au son des « Free Palestine ! » de leur comité d’accueil. L’infirmière se déplace en fauteuil roulant, le bras droit en écharpe, le cou enserré dans une minerve. Elle souffre d’une fracture des cervicales et d’une luxation au bras. Le libraire âgé de 26 ans, keffieh sur les épaules, a l’oreille gauche obstruée par du papier. Il a le tympan perforé et une perte temporaire d’audition.
Familles, amis, militants : une quarantaine de personnes est venue les accueillir. Jordan, ami de Scott, n’a « pas de mot » pour qualifier son « grand acte de courage ». Il se réjouit qu’Andrea Moreau, la mère de Scott, revoie son fils après les jours d’angoisse et l’incertitude. Son mari Patrick a rejoint Scott à Istanbul, où il a été hospitalisé, pour l’accompagner sur le vol retour.
« Nous rabaisser, nous déshumaniser »
Malika et Scott se sont engagés à bord de la Global Sumud Flotilla, parmi les 430 activistes partis de Barcelone avec une quarantaine de bateaux. Ils voulaient briser le blocus imposé par Israël dans la bande de Gaza. L’armée israélienne a arraisonné la flottille bien avant que les côtes gazaouis ne soient en vue, « au-dessus de Chypre, dénonce Malika. Ils sont venus jusque-là pour nous kidnapper et nous torturer dans les eaux internationales. »
Pierre Mayans, Marseillais de 27 ans, était à bord du même bateau. Rentré vendredi soir, il se devait d’accueillir ses coéquipiers. « J’ai besoin de les voir, je n’en peux plus d’attendre », témoigne-t-il peu avant leur arrivée. Il raconte « la violence physique et morale » qu’ils ont subie, la volonté de « [les] rabaisser, voire [les] déshumaniser », leur lutte quotidienne « pour avoir de l’eau, à manger, et des draps ».
Indignation internationale
Au tour de Malika et Scott, à présent. « Vous êtes notre fierté », proclame une pancarte brandie à leur arrivée, entre les drapeaux palestiniens, libanais ou niçois. Visage marqué, Malika, de retour de sa deuxième mission, trouve la force de dire quelques mots face aux micros. « Ça n’a rien à voir avec la première fois. On s’est fait massacrer, cette fois-ci. C’était une torture... » Malika raconte de l’intérieur les violences qui ont suscité l’indignation internationale, après la vidéo relayée par le ministre d’extrême-droite israélien Itamar Ben Gvir. « On devait tout le temps être la tête au sol, humiliés, frappés, privés d’eau, de nourriture. »
Scott témoigne de l’arrivée au port israélien d’Ashdod, après l’arraisonnement de leur bateau. « Ils nous ont emmenés séparément dans des tentes. J’ai reçu des coups de poings, des coups de pieds. Ils me disaient de me relever à chaque fois. Et la troisième fois, j’ai perdu connaissance. »
« On laisse derrière nous dix mille otages palestiniens »
Si le jeune Niçois détaille ces humiliations, ce n’est pas pour se plaindre. Mais pour dire ce que vivent « des gens de tous âges, de toutes ethnies ». En anglais - il est « français sudafricain » -, Scott Moreau dénonce « un manque d’humanité absolu », les « soldats qui n’ont pas d’âme », une société qui « est malade. Et nos gouvernements sont complices de les laisser continuer. Assez ! »
« Nous, on a la chance d’avoir un passeport français, qui nous a permis de sortir de cet enfer. Mais on laisse derrière nous dix mille otages palestiniens dans les prisons israéliennes, qui subissent chaque jour ce qu’on a subi pendant quatre jours », soupire Malika. Après son hospitalisation en Turquie, elle annonce vouloir porter plainte. Elle aspire à ce que « justice soit faite ». Et réclame que « tous les otages palestiniens soient libres ».
Scott Moreau, lui non plus, n’a rien perdu de sa détermination. Bien au contraire. Le cogérant de la librairie Read the room connaissait le risque inhérent à cette aventure militante. « Le risque, je le prendrais cent fois à nouveau, martèle-t-il. Je referai cette mission. Et je la referai jusqu’à ce que la Palestine soit libre. »



