Le 20 mai 1999, deux couples hollandais sont sauvagement assassinés dans le Gers, à Monfort, une paisible bourgade de 425 habitants. Ce quadruple meurtre, l'un des plus marquants du siècle dernier en France, a conduit à la condamnation à perpétuité de Kamel Ben Salah, qui n'a jamais cessé de clamer son innocence. Retour sur une affaire judiciaire complexe, où les zones d'ombre persistent.
Le déroulement des faits
Le samedi 22 mai 1999, Henri Wagemans et Wilhelmina Peeters, un couple néerlandais résidant à Tournecoupe, sont invités à dîner chez leurs amis Artie Van Hulst, chef d'entreprise hollandais, et sa femme Marianne. Ils se rendent à La Boupillière, une ferme isolée achetée en novembre 1998 et en cours de rénovation. Arrivés vers 18 heures, ils trouvent porte close : volets tirés, téléphone débranché, électricité coupée. Intrigués, ils entrent et découvrent les corps de Johan Nieuwenhuis (61 ans), beau-frère de Marianne, frappé de seize coups de couteau, et de sa femme Dorothea (61 ans), égorgée. Les gendarmes alertés trouvent ensuite Marianne Van Hulst, la gorge tranchée, ligotée et bâillonnée. Une heure plus tard, le corps d'Artie Van Hulst est découvert dans un atelier, abattu de quatre coups de fusil.
Les premiers éléments de l'enquête
Dès le dimanche 23 mai 1999, une cinquantaine d'enquêteurs sont mobilisés. L'autopsie situe les meurtres dans la nuit du 20 au 21 mai. La piste d'un tueur en série allemand, Didier Zurwehme, évadé de prison, est un temps envisagée, mais abandonnée après son arrestation en Allemagne le 19 août 1999. Le vol semble être le mobile : des cartes bancaires des victimes ont été utilisées à Auch et Roques-sur-Garonne. L'enquête se tourne alors vers Kamel Ben Salah, 35 ans, qui travaillait au noir chez les Van Hulst.
Kamel Ben Salah : du témoin au principal accusé
Kamel Ben Salah, employé à temps partiel aux espaces verts et dealer de cannabis, avait été présenté aux Van Hulst par le couple Wagemans. Le 23 mai, il déclare aux gendarmes être le dernier à avoir vu les victimes vivantes. D'abord entendu comme témoin, il est arrêté le 24 juin 1999 et mis en examen pour assassinats, actes de barbarie, tentatives d'escroqueries et vols. Il nie toute implication.
Les preuves et présomptions
Selon l'accusation, le 20 mai, alors qu'il travaillait chez les Van Hulst, Artie l'aurait questionné sur le vol de cartes bancaires. Ben Salah se serait emparé d'un fusil et l'aurait abattu, puis aurait caché le corps. Il aurait ensuite attendu le retour des trois autres victimes pour les tuer, torturant Johan pour obtenir les codes des cartes. Les éléments à charge incluent des empreintes sur du ruban adhésif, de l'ADN mélangé à celui des victimes, et des traces de pas. Sa compagne, sous somnifères, n'a pu fournir un alibi solide. Les quarante-cinq opérations litigieuses avec les cartes bancaires volées le placent à proximité des lieux d'utilisation.
Procès et condamnations
Défendu par Me Gilbert Collard et Me Edouard Martial, Kamel Ben Salah est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec vingt-deux ans de sûreté par la cour d'assises du Gers en avril 2002. La sentence est confirmée en appel en 2003 par la cour d'assises de la Gironde. Il tente de se suicider en prison en octobre 1999 et clame toujours son innocence. Lors du procès, il s'adresse aux enfants des victimes : « Je compatis à votre douleur... Je suis innocent. » Les parties civiles se disent « soulagées » par la condamnation.
Les zones d'ombre persistent
L'arme du crime n'a jamais été retrouvée, et les analyses ADN n'ont pas fourni de preuve déterminante. Certains s'interrogent sur la possibilité qu'un seul individu ait commis ces meurtres. Me Edouard Martial estime que « on a fabriqué un coupable et on y a cru ». En 2009, la piste d'un marginal toulousain est suivie mais son ADN l'exonère. Pour Me Jacoba De Jongh Dunand, avocate des parties civiles, Kamel Ben Salah est bien l'auteur, et le dossier est clos.
Cette affaire, surnommée le « mystérieux carnage » de La Boupillière, reste l'un des dossiers criminels les plus marquants du Gers, avec des interrogations qui demeurent plus de vingt ans après.



