Ils ont dû être longs, les dix ans qui ont séparé la semaine où une jeune Girondine s'est prostituée sous la contrainte de trois hommes, et le procès du dernier de ceux-ci, ce mardi 26 mai. Les deux premiers, mineurs au moment des faits, ont déjà été jugés par le juge des enfants ; le troisième, Jason Bernadet, 31 ans, a lui aussi été condamné pour proxénétisme aggravé et séquestration.
Des faits d'une rare violence
Les faits, tels qu'ils ont été évoqués lors de l'audience correctionnelle, sont clairs. Âgée de 18 ans en juin 2016, la victime avait besoin d'argent. « On lui a fait miroiter les sommes dont elle avait besoin, explique la procureure de la république. Afin de la mettre en confiance, on l'a fait se prostituer avec une autre femme dans la même tranche d'âge qu'elle. Et pour la désinhiber, on lui a fait prendre de l'alcool et de la drogue. »
Mais pas de nourriture. Ou pas beaucoup. « Elle ne mangeait que quand elle travaillait. On allait lui prendre un repas enfants au McDo. » La procédure évoque aussi un moment d'angoisse quand l'un des trois hommes l'a menacée d'une arme à feu. « Vas-y, tire-lui dans la jambe pour rigoler », a dit un autre de ses proxénètes. Réponse : « Non, elle ne pourrait plus travailler. »
Une personnalité « désespérée »
Surveillée en permanence sous la menace de cette arme, ses échanges téléphoniques contrôlés, son passeport confisqué, la victime faisait entre une et trois passes par jour. D'abord à Bègles, puis à Arcachon et La Teste-de-Buch. Elle a fini par prendre prétexte d'un rendez-vous médical pour rentrer chez elle, parler de ce qu'elle avait vécu à un ami et finalement porter plainte. Les gendarmes qui l'ont entendue parlent d'une personnalité « décomposée, désespérée, n'ayant pas mangé depuis deux jours. Son audition a souvent été interrompue par des crises de larmes. »
La responsabilité de Jason Bernadet en question
Quelle est la responsabilité de Jason Bernadet dans ces faits ? C'est la question qui s'est posée au tribunal correctionnel. Lui affirme qu'il n'a fait que louer une chambre d'hôtel. « Je n'ai jamais assisté à une passe. Moi, j'allais me promener, j'allais à la plage. Je ne retrouvais les autres que le soir pour faire la fête. »
Le seul majeur des trois, il a pourtant été interpellé par la présidente du tribunal, Sonia Silva : « L'un des deux autres hommes vous avait dit que vous partageriez équitablement les 50 % des gains que vous donnait la jeune femme. » Réponse du prévenu : « Je n'ai rien gagné dans ce business. Comme j'étais le seul majeur des trois, on a cru que c'était moi qui gérais ça, mais je ne m'occupais pas des annonces sur Internet ni des messages des clients. »
Pour son avocate, Me Béatrice Ceccaldi, le prévenu était « le plus immature des trois, même s'il était le plus âgé. Il a suivi les deux autres hommes à une époque où il était particulièrement en errance parce qu'il ne voulait pas rester seul, mais rien n'établit qu'il a ''protégé'' ou séquestré la victime. »
« Mais il n'ignorait pas que les jeunes femmes se prostituaient dans la chambre qu'il louait », pointe la procureure de la république. Et son casier judiciaire ne plaide pas en sa faveur : 13 condamnations entre 2013 et 2023 pour des faits de violence, de délits routiers ou de consommation de drogues. Déjà détenu, il a été condamné à deux ans de prison avec maintien en détention.



