Pompier avoue avoir tué l'amant de sa femme à Lacanau
Pompier avoue meurtre de l'amant de sa femme

Au troisième jour de son procès, Francis Huguel, sapeur-pompier volontaire, a reconnu avoir emprunté un véhicule à la caserne pour provoquer la sortie de route de l’amant de sa femme, en 2023, à Lacanau. Il est 16 h 30, ce mercredi 20 mai. Cela fait deux jours que Francis Huguel comparaît devant la cour d’assises de la Gironde pour répondre de l’assassinat de Nicolas Ribes perpétré le 11 mars 2023, à Lacanau.

L’accusé, qui avait jusque-là raconté s’être rendu sur les lieux du crime au volant de son Renault Trafic, reconnaît avoir emprunté, la veille des faits, un 4x4 Land Rover à la caserne des pompiers, pour suivre son rival sur la route, provoquer un accident, et l’abattre de deux balles de 9 mm avant de brûler sa voiture, une Dacia Sandero.

Des aveux passés face à l’insistance de son avocate

Me Florence Herbold, avocate de la défense, a demandé à l’accusé de dire la vérité. « S’il y a quelque chose à dire, c’est maintenant. Quelle est la vérité ? » s’exclame le conseil en fixant son client, tête basse dans le box. Francis Huguel s’était enferré jusqu’alors dans le mensonge, s’opposant même au rapport pointilleux de l’expert en accidentologie Christian Rouquand.

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« J’ai pris les clés pendant que le poste de garde était en pause, détaille l’accusé. Je me suis garé sur un parking à Lacanau à proximité du domicile de mon épouse. » Stationné, il a attendu toute la nuit que Nicolas Ribes, l’amant de son épouse, sorte au petit matin pour le suivre avant de l’éliminer quelques kilomètres plus loin.

« Je me suis posté au rond-point et j’ai attendu qu’il passe. Quand je suis arrivé à sa hauteur, il a accéléré, puis j’ai donné un coup de volant avec le véhicule équipé d’un pare-buffle. Je l’ai touché en me rabattant. Je voulais avoir une explication. Je n’en pouvais plus, j’étais à bout. »

Pour acheter des croissants

Francis Huguel aurait tenté de dialoguer, dit-il, mais très vite, un pistolet Glock à la main, il tire à deux reprises à bout touchant et incendie la voiture pour maquiller l’assassinat en accident. « J’ai vérifié son pouls et je suis allé chercher un bidon d’essence pour mettre le feu. Ensuite, je suis rentré à la caserne. J’ai expliqué que j’étais allé acheter des croissants à la boulangerie. »

« Pourquoi ne l’avez-vous pas dit plus tôt ? Qui couvrez-vous ? Est-ce que vous protégez quelqu’un ? » demande la présidente de la cour. « Je ne peux pas répondre », balbutie l’accusé. Il n’en dira pas davantage. L’avocat général Jean-Luc Gadaud, qui se demande comment Francis Huguel est sorti et revenu à la caserne sans que personne ne le voie, n’obtiendra aucun écho à sa question.

« Mon mari était quelqu’un de solaire, souriant, bienveillant »

Interrogé longuement sur sa vie de couple avec son épouse Cécile et sur les mois et les semaines qui ont précédé son passage à l’acte, Francis Huguel ne cesse de répéter : « J’étais amoureux de ma femme. » Depuis le mois de décembre 2022, il l’a espionnée alors qu’ils étaient séparés depuis deux ans et qu’elle vivait à Lacanau. Ils échangeaient des messages, il la relançait en permanence. « On avait des projets en commun, j’avais confiance en elle. Ça m’a rendu fou quand je l’ai vue avec Nicolas Ribes monter un soir dans un van avec un chauffeur. Elle était vêtue d’une jupe en cuir et, plus tard, j’ai appris qu’ils avaient été dans un club échangiste. Ça m’a fait du mal. Ces souffrances étaient insupportables. » Un récit invraisemblable aux yeux de la présidente Marie-Noëlle Billaud, car « tout cela n’apparaît nulle part en procédure ».

« Un accusé dominateur et pervers »

Âgé aujourd’hui de 58 ans, l’accusé dit regretter et demande pardon à la famille de Nicolas Ribes. « Ce sont des excuses qui sonnent faux », tonne Me Max Bardet, conseil de la veuve, partie civile, venue témoigner avec courage et dignité à la barre ce mercredi matin. « Je suis révoltée, c’est très dur, très compliqué », lâche celle qui a dû quitter son emploi après le drame et s’est jetée « à corps perdu dans un nouveau travail ».

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« Mon mari était quelqu’un de solaire, souriant, bienveillant. Il était là pour aider, partager, encourager nos deux filles. » Ce sont elles qui ont découvert le corps de leur père, carbonisé dans sa voiture, quelques heures après les faits, alors que ni les secours ni les gendarmes et la police municipale ne l’avaient aperçu. « Ce que l’on a vu, je ne le souhaite à personne », expose la cadette.

« Elles sont venues pour faire des photos pour l’assurance car on pensait à un accident. Elles ont eu l’intuition de l’horreur, martèle leur avocat, Me Arnaud Dupin. Sans elles, nous ne serions pas là, devant la cour d’assises. Avec leur mère, elles ont fait preuve de force et de détermination alors que nous avons face à nous un accusé dominateur et pervers qui est dans la toute-puissance. » L’audience reprend ce jeudi avec le réquisitoire suivi de la plaidoirie de la défense. Verdict dans la journée.