Pesticides déversés dans un village : la mairie porte plainte
Pesticides déversés : la mairie porte plainte

Une forte odeur âcre, irritant les yeux et la gorge, a alerté une riveraine de la place de la Fontaine, à Rivière-sur-Tarn, dans l'Aveyron. En s'approchant d'une bouche du réseau d'eaux pluviales située au cœur du village, elle a découvert un liquide suspect. Les services techniques municipaux, dépêchés sur place, ont constaté que des produits phytosanitaires avaient été volontairement déversés dans un ouvrage qui rejoint directement le Tarn.

Réaction immédiate de la municipalité

La municipalité a immédiatement sécurisé le secteur et missionné une entreprise spécialisée pour pomper et nettoyer le réseau, afin d'éviter toute propagation du produit. Surtout, une plainte a été déposée auprès de la gendarmerie. « Nous avons décidé de ne pas laisser passer, a affirmé le maire Christophe Carrat. Ce n'est pas un accident, c'est un acte volontaire. Et pour de tels actes, c'est tolérance zéro. Il faut que cette notion de protection de l'eau rentre dans la tête des gens. Cette plainte doit envoyer un signal fort. »

L'auteur présumé et les produits en cause

Selon les premiers éléments de l'enquête, l'auteur présumé aurait reconnu avoir vidé d'anciens produits phytosanitaires provenant de son garage, évoquant deux litres de produit. Le premier adjoint, Patrick Salson, accueille cette estimation avec prudence : « La quantité annoncée de deux litres, on pourrait la multiplier par dix », au regard des traces observées autour de la bouche d'évacuation. Il craint par ailleurs que cet incident ne soit pas isolé. Au-delà de la quantité, c'est la nature des produits qui inquiète les élus. L'homme aurait souhaité se débarrasser d'anciens pesticides aujourd'hui interdits, dont certains remontent à l'époque où l'arboriculture utilisait des molécules désormais reconnues pour leur extrême toxicité.

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Rappel des obligations légales

Patrick Salson insiste : « Selon la molécule rejetée, les conséquences pourraient être dramatiques. » Il rappelle que ces produits, dont l'utilisation, la vente ou le stockage sont interdits depuis le 1er janvier 2019, peuvent être déposés gratuitement dans les déchèteries ou repris par les distributeurs spécialisés. Le non-respect de ces obligations constitue un délit sanctionné par de lourdes peines allant jusqu'à six mois d'emprisonnement et 150 000 € d'amende.

Impact sur le Tarn et mobilisation des pêcheurs

L'affaire a immédiatement mobilisé les pêcheurs de l'AAPPMA d'Aguessac, particulièrement attentifs à tout incident susceptible d'affecter le Tarn. Son président, Paul Vergely, s'est rendu sur place. Si aucune mortalité piscicole n'a été constatée jusqu'à présent, il reste particulièrement vigilant. Cette pollution intervient dans un contexte déjà préoccupant : les faibles débits estivaux réduisent fortement la capacité de dilution du Tarn. « En période d'étiage, le moindre rejet a un effet de concentration beaucoup plus important », souligne Paul Vergely, qui voit dans cet épisode un symptôme supplémentaire des difficultés auxquelles est confrontée la rivière : hausse des températures, raréfaction de la ressource, prolifération d'algues, pollutions diffuses, prélèvements d'eau toujours plus nombreux. « Les périls s'accumulent », résume-t-il. « Sans les pêcheurs présents au bord de l'eau, beaucoup d'événements passeraient totalement inaperçus. Notre objectif est de préserver le milieu aquatique en espérant voir disparaître ce type d'agissements. »

Précédent récent à Aguessac

Le 4 octobre 2025 à Aguessac, une pollution volontaire au fioul avait nécessité l'intervention des sapeurs-pompiers. L'auteur des faits avait été condamné à une peine de 500 euros d'amende et avait dû s'acquitter des frais de dépollution pour un total de 6 500 euros.

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