Un mur construit illégalement isole des habitants à Mougins
Depuis mardi soir, une dizaine d'habitations se retrouvent littéralement coupées du monde à Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Un voisin, identifié comme Monsieur B., a érigé un mur sur la voie d'accès principale, empêchant les résidents de sortir de leurs domiciles. « Les gens ont cru que c'était un poisson d'avril », confie Philippe Chessé, l'un des locataires affectés, mais la situation est bien réelle et dramatique.
Une construction nocturne et conflictuelle
Emma Duchamp, qui loue une des habitations concernées, témoigne de la scène : « Hier soir, vers 20 heures, il a commencé à le construire. J'ai senti qu'il y avait un truc qui clochait, et quand je suis allée sortir mon chien, ils étaient à la moitié du mur et ils étaient trois dessus. Alors j'ai vite couru chez Philippe, et ensemble on a poussé le mur. Mais ils l'ont refait, ils ont remis les parpaings ».
Le propriétaire, Monsieur B., aurait déclaré lors de l'altercation qu'il faisait « ce qu'il voulait, qu'il était chez lui ». Ce mur semble être l'aboutissement d'un conflit latent de plusieurs mois, lié à la construction d'une nouvelle propriété sur le terrain voisin.
Des conséquences immédiates et graves
Les répercussions sont multiples et inquiétantes :
- Impossibilité pour les secours d'accéder aux habitations en cas d'urgence
- Blocage d'une entreprise de maçonnerie dont le dépôt est désormais inaccessible
- Annulation de rendez-vous médicaux pour les résidents, dont des enfants
- Détresse psychologique marquée chez les habitants affectés
Emma Duchamp, reconnue comme personne handicapée, exprime son angoisse : « Je ne prends pas le risque de traverser le champ alternatif. C'est une situation qui nous met en danger pendant des semaines. Aujourd'hui je devais emmener mon fils chez le médecin, mais j'ai dû annuler. Je suis déprimée, je n'ai pas dormi de la nuit ».
Une solution temporaire précaire
Face à cette situation d'urgence, un voisin a accepté de laisser les habitants traverser son champ. Cependant, ce terrain « pas toujours très plat et un peu en friche » ne constitue pas une solution viable, particulièrement pour les personnes à mobilité réduite.
Philippe Chessé décrit son état : « Je n'ai pas d'appétit, je me sens faible. J'ai dormi deux heures, j'ai passé ma nuit à écrire des mails, à essayer de remuer ciel et terre pour trouver une solution… Je suis déprimé ».
La position des autorités municipales
Contacté par nos soins, le maire de Mougins, Christophe Ulivieri, a précisé que Monsieur B. disposait d'un permis de construire en règle. « Le permis de construire est un acte de communication, et nous n'avons reçu aucun recours gracieux de la part des propriétaires des parcelles pour nous dire que les locataires allaient être enclavés », explique-t-il.
Le maire reconnaît cependant l'existence de « coutumes de passages » dans ces quartiers, relevant du droit privé. « C'est au privé de prouver qu'il est enclavé. Le propriétaire doit aller voir un juge, qui pourra le désenclaver, mais c'est une procédure qui peut prendre un an ou deux… »
Mesures d'urgence envisagées
En attendant une résolution juridique, le bureau de contrôle examinera le permis de construire. Le maire a annoncé qu'il demanderait au propriétaire d'établir un droit de passage sanitaire : « Qu'il laisse, d'une manière simple, passer les ambulances, les pompiers… Que les propriétaires ne soient plus enclavés et qu'ils puissent rentrer chez eux de manière normale, sans être abusive ».
Cette situation met en lumière les tensions croissantes dans les zones résidentielles et les difficultés rencontrées par les habitants face à des conflits de voisinage qui dégénèrent. Les résidents de Mougins attendent désormais une intervention des autorités pour rétablir leur accès à la voie publique et mettre fin à cet isolement forcé.



