La cour d'assises de l'Hérault a condamné Beeloochy Jean Juste, 30 ans, à 20 ans de réclusion criminelle pour le meurtre d'Adam, 26 ans, perpétré le 12 novembre 2022 dans le parc Sainte-Odile à Montpellier. Le verdict, rendu ce vendredi 26 juin, retient l'altération du discernement de l'accusé, connu pour des troubles psychiques, et exclut toute période de sûreté. L'interdiction définitive du territoire français a également été prononcée.
Un meurtre sous le coup de l'altération du discernement
Ce soir de novembre 2022, Adam interpelle Beeloochy Jean Juste dans le square du quartier Boutonnet, le saisissant par le biceps pour lui demander s'il est l'individu qu'il recherche. L'accusé, qui vivait cette intrusion "comme une intrusion" selon l'expert psychiatre Dr Roger Franc, a alors poignardé sa victime à six reprises, atteignant le cœur, le poumon et le foie. Le médecin légiste a décrit des "plaies cartilagineuses et osseuses", dont une ayant traversé le sternum, révélant une violence certaine.
L'expertise psychiatrique a mis en évidence des épisodes psychotiques délirants survenus à deux reprises en 2018, mais le président de la cour d'assises, Eric Emmanuelidis, a souligné que l'accusé avait pris soin de jeter son arme et ses vêtements après les faits, et avait téléphoné au gérant du point de deal pour lequel il travaillait. "Tout cela est raisonné, il n'y a pas une once de délire ou d'hallucination", a-t-il observé. Cependant, l'expert a confirmé une dangerosité sociale liée à la consommation de drogue et aux troubles psychiatriques, prêts à resurgir.
La douleur de la famille et les réquisitions
Le frère aîné de la victime a exprimé une colère froide à la barre : "Nous serions tous révoltés si quelqu'un avait infligé cela à un animal", a-t-il lancé après l'exposé du rapport d'autopsie. Me Rémi Bertrand, avocat des parties civiles, a décrit une "menace fantasmée" et a rappelé que la sœur d'Adam, enceinte, avait accouché prématurément après le drame. "Chaque coup de couteau qui lui a été porté a été un coup porté dans leur cœur", a-t-il plaidé.
L'avocat général, Nemanja Despotovic, a requis 20 ans de prison avec une peine de sûreté des deux tiers et une interdiction du territoire français pour dix ans, estimant qu'il y avait une "intention d'homicide" dès lors que les organes vitaux avaient été visés. "Adam ne connaîtra pas les joies d'un mariage, d'une parentalité, d'une réussite professionnelle", a-t-il déclaré. Il a reconnu l'altération du discernement comme "incontestable".
La défense plaide un parcours "fracassé"
Les avocats de la défense, Mes Marc Gallix et Maël Suchon, ont insisté sur le parcours de vie chaotique de l'accusé. "Un parcours fracassé, jonché de violences, d'abandons, de solitude, de misère", a décrit Me Suchon. Confié à sa tante à huit mois pendant que sa mère s'installait en Guyane, Beeloochy Jean Juste a été rappelé auprès d'elle quelques années plus tard, mais "c'était pour en faire une sorte d'esclave domestique. Il était attaché, bâillonné, frappé avec des câbles électriques".
Me Suchon a démenti la thèse d'un individu non inséré, soulignant que son client avait fait des demandes de papiers et avait été l'un des moteurs du squat de l'Utopia. Sa réaction disproportionnée lors du drame serait celle d'un homme "en hyper-vigilance", pris par "la peur de l'enlèvement, qui peut se produire dans le milieu du trafic de stupéfiants". Me Gallix a appelé les jurés à prendre en compte "la vie de souffrance de l'accusé", y voyant des circonstances atténuantes.
Le verdict et l'absence d'appel
À l'issue de son délibéré, la cour d'assises a prononcé 20 ans de réclusion criminelle sans période de sûreté, assortis d'une interdiction définitive du territoire français. Me Gallix a indiqué qu'il n'avait pas l'intention de faire appel de cette décision. La peine maximale encourue était de 30 ans de réclusion criminelle.



