Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour injure publique à caractère raciste après que Kylian Mbappé, star du football français, a été la cible de propos discriminatoires de la part d'une élue paraguayenne. L'information, révélée par Libération, a été confirmée par une source judiciaire ce mardi.
Des propos tenus sur les réseaux sociaux
Les faits remontent au 2 juillet 2025, lorsque Cynthia Lovera, membre du Congrès paraguayen, a publié sur le réseau social X (anciennement Twitter) un message jugé raciste envers Kylian Mbappé. Dans ce tweet, l'élue faisait référence à l'origine martiniquaise du joueur en des termes dégradants, l'accusant notamment d'être "un singe" et de "ne pas mériter son statut". Le message a rapidement été relayé par des milliers d'internautes, suscitant une vague d'indignation.
La plainte a été déposée par l'avocat de Kylian Mbappé, Me Jean-Michel F., qui a dénoncé "des propos d'une violence inouïe, qui n'ont pas leur place dans le débat public". Selon lui, "ces attaques racistes visent à humilier et à déstabiliser un sportif qui est un modèle pour des millions de jeunes".
Enquête pour injure publique aggravée
Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "injure publique en raison de l'origine, de l'ethnie, de la nation ou de la race", un délit passible de six mois d'emprisonnement et de 22 500 euros d'amende. L'enquête a été confiée à la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).
Cette qualification d'"injure publique aggravée" permet aux autorités françaises de poursuivre l'auteur des faits, même si celui-ci réside à l'étranger, en vertu de la compétence extraterritoriale de la loi française pour les infractions commises via internet. Une demande d'entraide judiciaire pourrait être adressée aux autorités paraguayennes.
Réactions politiques et sportives
L'affaire a provoqué une vive réaction dans le monde politique et sportif. Le ministre des Sports, Amélie Oudéa-Castéra, a condamné "avec la plus grande fermeté ces propos racistes qui n'ont pas leur place dans notre société". Elle a ajouté que "la France ne tolérera aucune forme de discrimination".
Du côté du football, la Fédération française de football (FFF) a apporté son soutien à Kylian Mbappé, déclarant être "aux côtés de notre joueur contre toutes les formes de racisme". Le club du Real Madrid, où évolue Mbappé, n'a pas encore commenté officiellement.
L'élue paraguayenne, Cynthia Lovera, n'a pas réagi publiquement à l'ouverture de l'enquête. Son compte X a depuis été rendu privé. Selon des médias paraguayens, elle bénéficie de l'immunité parlementaire dans son pays, ce qui pourrait compliquer les poursuites.
Un précédent judiciaire
Ce n'est pas la première fois que la justice française se saisit d'affaires de racisme visant des sportifs. En 2021, l'attaquant du PSG Neymar avait été victime d'insultes racistes sur les réseaux sociaux, conduisant à l'ouverture d'une enquête. Plus récemment, en 2024, le joueur de l'OM Dimitri Payet avait également été ciblé, avec des poursuites engagées contre des internautes.
L'affaire Mbappé intervient dans un contexte de lutte accrue contre les discours de haine en ligne, avec le renforcement des lois françaises et européennes, notamment le Digital Services Act (DSA) qui oblige les plateformes à retirer plus rapidement les contenus illicites.



