Le maire de Tréogan (Côtes-d'Armor), Matthis Ternel, âgé de 27 ans, reste en détention provisoire. La chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Aix-en-Provence a rejeté son recours contre son placement en détention, ordonné par un juge toulonnais après sa mise en examen pour viols et abus de faiblesse dans un contexte de dérive sectaire.
Une audience par visioconférence
Lors de l'audience du jeudi 22 mai 2026, Matthis Ternel s'est exprimé depuis la prison de Luynes (Bouches-du-Rhône) où il est incarcéré depuis le 2 mai. Il a décrit la détention comme « un enfer » et « très compliqué en termes de cohabitation ». Son avocat, Me Bertrand Pin, a plaidé contre les risques de fuite, de réitération ou de pression sur les témoins, soulignant que son client avait été élu maire en mars 2026 et ne pouvait donc pas s'enfuir.
Un profil atypique
Me Pin a présenté Matthis Ternel comme un jeune homme au parcours difficile : « Il n'a pas connu son père, sa mère est décédée de la maladie de Charcot, il a été élevé par sa tante et a arrêté l'école en 6e. » Il a également précisé que son client, présenté comme ingénieur freelance lors de la campagne municipale, est en réalité bénéficiaire de l'allocation adulte handicapé. Selon l'avocat, Ternel a changé de vie : il a quitté les réseaux sociaux où il passait auparavant 18 heures par jour, s'est installé en Bretagne et s'est présenté aux élections, remportant la mairie avec 46 voix sur 75 exprimés.
Des accusations de viols et de dérives sectaires
L'affaire a débuté en 2022 lorsqu'une jeune femme a dénoncé l'attitude inquiétante d'un individu surnommé « Admonition » sur un site de rencontres destiné aux personnes se sentant « différentes » (hypersensibilité, haut potentiel intellectuel, etc.). Selon la plaignante, Matthis Ternel aurait évoqué un projet d'attaque-suicide dans un centre commercial. Le parquet de Toulon a alors saisi les gendarmes de la section de recherches de Marseille. L'exploitation du matériel informatique saisi en 2022 n'a pas confirmé cette accusation, mais les auditions ont révélé des soupçons d'emprise psychologique et financière, ainsi que des viols présumés.
Des témoignages contradictoires
Au moins deux femmes, dont sa compagne, ont démenti ces accusations et ont même été élues au conseil municipal de Tréogan aux côtés de Matthis Ternel. Cependant, deux rapports de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ont conduit le parquet à ouvrir une information judiciaire.
Des éléments à charge
La cour d'appel a évoqué des éléments trouvés sur l'ordinateur de Ternel, suggérant qu'il serait complotiste, raciste, et qu'il remettrait en cause l'existence du Covid-19, du réchauffement climatique et la rotondité de la Terre. La cour a également mentionné une idéologie proche de la pensée de Hitler. L'avocat a tenté de contrebalancer ces éléments en soulignant que son client avait un casier judiciaire vierge et qu'il avait changé de comportement.
La suite de l'enquête
L'enquête se poursuit sous l'autorité d'un juge d'instruction. Selon le ministère public, des auditions de témoins et de victimes, ainsi que des expertises psychiatrique et psychologique, devraient être réalisées prochainement. Matthis Ternel reste incarcéré en attendant la suite de la procédure.



