À deux pas du marché aux poissons du Havre, en Seine-Maritime, la Maison de l'armateur rouvre ses portes ce vendredi 8 mai 2026. Derrière les colonnes de sa façade se cachent à la fois les beautés architecturales de la fin du XVIIIe siècle et la face sombre de l'histoire locale de ses négociants, acteurs majeurs du commerce triangulaire.
Un bijou architectural sauvé des bombardements
Presque miraculeusement épargné par les bombardements de 1944, cet hôtel particulier appartenait à la famille Foäche, l'un des grands armateurs havrais impliqués dans la traite négrière. Cette famille possédait de vastes plantations à Haïti, alors appelée Saint-Domingue. La demeure servait à la fois de maison d'hiver et de bureaux pour leur compagnie maritime, au cœur du port havrais. C'est un bijou architectural, tout en verticalité, avec un puits de lumière central autour duquel s'organisent les étages.
Inscrite aux Monuments historiques, la maison a été rachetée par la municipalité dans les années 1950 pour en faire un musée consacré à l'histoire locale. Elle est l'un des rares témoins encore debout d'un passé encombrant longtemps caché.
Une réouverture après des travaux
Fermée depuis 2023 pour une remise aux normes, la Maison de l'armateur rouvre après un chantier délicat. L'objectif était d'offrir une meilleure accessibilité sans altérer l'atmosphère particulière de cette maison-musée, selon Emmanuelle Riand, sa directrice. La jauge est limitée à 19 personnes simultanément. Les travaux, presque invisibles, garantissent des conditions de sécurité optimales et ont permis de redonner de l'éclat aux différentes pièces.
Une exposition temporaire sur l'esclavage
Une exposition temporaire a été installée presque en toute discrétion. Intitulée Réminiscences – Fantômes de l'esclavage, elle souligne que cette réouverture coïncide avec les 25 ans de la loi Taubira du 21 mai 2001, reconnaissant la traite négrière transatlantique et l'esclavage comme crime contre l'humanité.
L'exposition est le fruit de la collaboration entre Emmanuelle Gall et Ari Hamot. Elle occupe les petits espaces, les placards et les tiroirs de façon presque subliminale. Un travail intime pour ces deux artistes, unies par un trait d'union familial et historique : les ancêtres de la première étaient esclaves, ceux de la seconde sont liés à la lignée des Foäche. Dès notre première rencontre, il a été évident que nous voulions créer une œuvre commune basée sur cet héritage si lourd à porter, se remémore Emmanuelle Gall.
À leur manière, en réinventant des objets du quotidien, en se glissant derrière une porte, en occupant quelques vitrines, elles redonnent vie, et parfois un nom, à ceux qui n'apparaissaient pas dans le quotidien des Havrais. Pourtant, par leur souffrance et leur travail forcé, ils apportaient, par-delà l'océan, la prospérité à la population locale. Un voyage troublant à effectuer jusqu'au 20 septembre prochain.



