Enquête ouverte après plainte de détenus pour violences en prison ultra-sécurisée
Enquête après plainte pour violences en prison ultra-sécurisée

Le parquet de Béthune a ouvert une enquête préliminaire après le dépôt d'une plainte de plusieurs détenus de la prison ultra-sécurisée de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), qui dénoncent des violences et du harcèlement moral de la part de surveillants pénitentiaires. La plainte, déposée le 2 juillet 2025, vise des faits qui se seraient produits entre 2023 et 2025.

Des détenus dénoncent des violences systématiques

Selon la plainte, consultée par Libération, les détenus allèguent des agressions physiques, des insultes, des humiliations et des menaces répétées. Ils affirment que ces agissements étaient orchestrés par une équipe de surveillants, surnommée "la brigade", qui aurait agi en toute impunité. Un des plaignants, incarcéré depuis 2022, décrit des fouilles à nu systématiques et humiliantes, ainsi que des passages à tabac lors de transfèrements.

Un autre détenu, condamné pour terrorisme, rapporte avoir été frappé à plusieurs reprises et privé de sommeil pendant plusieurs jours. "Ils nous traitaient comme des animaux, sans aucune considération pour notre dignité", a-t-il déclaré dans sa déposition. Les faits auraient été commis dans le quartier d'isolement et de sécurité renforcée, où sont incarcérés les détenus considérés comme les plus dangereux.

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Une prison au régime sécuritaire strict

La prison de Vendin-le-Vieil, ouverte en 2014, est l'une des plus sécurisées de France. Elle accueille environ 200 détenus, dont des condamnés pour terrorisme, des membres du grand banditisme et des individus radicalisés. Le régime y est particulièrement strict : isolement cellulaire de 22 heures sur 24, fouilles systématiques, et contrôle permanent des communications.

Cette plainte intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre détenus et personnel pénitentiaire. En 2024, une grève des surveillants avait déjà dénoncé des conditions de travail difficiles et un manque d'effectifs. Selon l'Observatoire international des prisons (OIP), le taux d'encadrement dans les quartiers de sécurité renforcée est souvent insuffisant, ce qui favorise les abus.

L'administration pénitentiaire se défend

Interrogée par Libération, l'administration pénitentiaire a indiqué "prendre très au sérieux ces allégations" et assurer "que des mesures seront prises si les faits sont avérés". Cependant, elle a tenu à rappeler que "les personnels pénitentiaires exercent leurs missions dans des conditions difficiles, face à des détenus particulièrement violents".

Le syndicat majoritaire UFAP-UNSA Justice a dénoncé une "instrumentalisation" de la plainte par les détenus, estimant que "les surveillants sont souvent victimes d'agressions et que leur travail est déjà suffisamment compliqué". De son côté, l'avocat des plaignants, Me Bertrand Sayn, a salué l'ouverture de l'enquête, espérant "que la lumière sera faite sur ces pratiques indignes d'une démocratie".

Une enquête qui pourrait faire jurisprudence

L'enquête, confiée à la police judiciaire de Lille, devra déterminer la réalité des faits. Si les accusations se confirment, cela pourrait entraîner des sanctions disciplinaires contre les surveillants mis en cause, voire des poursuites pénales. Cette affaire relance le débat sur le traitement des détenus dans les prisons de haute sécurité, souvent critiquées par les organisations de défense des droits humains.

Selon le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), les signalements de violences en détention ont augmenté de 15% en 2024 par rapport à l'année précédente. L'institution a récemment recommandé un renforcement des mécanismes de plainte indépendants pour les détenus, afin de prévenir les abus.

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