Corse : l'affaire Chloé révèle les dessous d'une vendetta mafieuse sanglante
Corse : l'affaire Chloé révèle une vendetta mafieuse

Corse : l'affaire Chloé révèle les dessous d'une vendetta mafieuse sanglante

Dans toute la Corse, on la surnomme simplement « Chloé », comme un témoignage d'affection envers cette jeune femme de 18 ans, tragiquement tuée par méprise le soir du 15 février 2025 à Ponte-Leccia, en Haute-Corse. Victime collatérale du joug mafieux qui étend son emprise sur l'île, son assassinat avait plongé la région dans la stupeur. Depuis le 2 avril, cette affaire criminelle est de nouveau sur toutes les lèvres, alors que les investigations semblent avoir franchi un cap décisif.

Trois suspects mis en examen dans une enquête complexe

Jean-François Mattei, 32 ans, pilier de la bande des Mattei, a été mis en examen par un juge de la juridiction interrégionale spécialisée de Marseille. Cet homme, dont l'ombre planait depuis des mois sur « l'affaire Chloé », est désormais poursuivi pour assassinat en récidive, meurtre en bande organisée en récidive et participation à une association de malfaiteurs. La justice le soupçonne d'être le commanditaire du meurtre qui a coûté la vie à Chloé Aldrovandi.

Selon une source proche du dossier, cet individu, en détention au moment des faits, aurait placé un « contrat » sur la tête d'un rival via des messageries cryptées depuis sa cellule. La véritable cible était Antoine S., petit ami de la victime, selon les investigations de la police judiciaire. L'avocate de Jean-François Mattei, Me Audrey Degoutin, a fait savoir que son client contestait toute implication dans les faits reprochés.

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Une méprise tragique dans un contexte de guerre des clans

Le soir des faits, vers 22 heures, Chloé Aldrovandi, étudiante à l'IUT de Corte, avait été la cible de deux tireurs alors qu'elle venait de quitter, seule au volant d'une voiture, la maison familiale de son petit ami à Ponte-Leccia. Celui-ci lui avait prêté son véhicule, ce qui a accrédité la thèse d'une méprise aux yeux des enquêteurs. Quelques minutes plus tard, un SUV Peugeot 2008 était retrouvé calciné à une vingtaine de kilomètres, avec les armes du crime.

Le profil des mis en cause et du petit ami de Chloé Aldrovandi, présenté comme proche du « clan Costa », une bande rivale des Mattei, a conduit la police à replacer cet assassinat dans le cadre d'une longue et sanglante vendetta qui oppose ces deux familles depuis des années.

La guerre entre les clans Mattei et Costa

Tout comme Jean-François Mattei, Lucas Sabiani et Antoine Pellegrini sont mis en examen dans l'enquête sur l'assassinat de Camille Orsoni. Le 10 janvier 2025, cet homme de 61 ans, considéré par la police comme proche du « clan Costa », avait été tué à la kalachnikov par un commando sur une route d'Oletta. Les faits survenus le 15 février à Ponte-Leccia sont analysés par la police comme un nouvel épisode de cette guerre qui a repris de l'intensité ces dernières années.

D'un côté, la famille Costa, implantée à Moltifao dans la vallée de l'Asco, représentée par Dominique, dit « Mimi » Costa, 71 ans. De l'autre, la bande des Mattei, à Corscia dans la montagne du Niolo, menée par Marc-Marie Mattei, alias « le Vieux », 69 ans. Dans l'île, les seuls noms de ces familles évoquent le grand banditisme, certains observateurs les comparant aux Horaces et Curiaces de la Rome antique.

Les origines d'un conflit meurtrier

Comment cette guerre a-t-elle démarré ? Certains parlent d'une bagarre entre membres des deux clans. D'autres évoquent plus simplement une lutte pour s'approprier ce qui reste des affaires de la Brise de mer, le gang mythique qui a régné sur la Haute-Corse jusqu'à la fin des années 2000. Pourtant, selon les registres judiciaires, ces familles avaient longtemps œuvré sous les mêmes auspices, partageant en bonne intelligence les activités dans le centre de l'île :

  • Trafic de stupéfiants
  • Machines à sous
  • Boîtes de nuit et bars
  • Marchés publics

Mais les appétits des jeunes de chaque clan ont eu raison de cet équilibre précaire. En avril 2009, Alexandre Rogliano, un neveu des Mattei, et son père sont tués sur la route du retour de l'aéroport de Bastia. La spirale de violence est alors enclenchée.

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Une vendetta qui a fait une vingtaine de morts

La réplique vient un an plus tard : Florian Costa, neveu de la fratrie éponyme, est abattu devant sa résidence de Biguglia sous les yeux de ses deux jeunes enfants. Deux mois plus tard, Antoine et Jean-Baptiste Mattei, deux cousins, tombent à leur tour dans un guet-apens aux abords de leur fief de Corscia.

Un autre épisode sanglant survient à l'été 2012 : Maurice Costa, pilier de la Brise de mer et du clan de Moltifao, est criblé de balles lors d'une de ses rares incursions à Ponte-Leccia. Il avait été mis en examen pour l'assassinat des deux Mattei. Les tueurs abandonnèrent leur voiture au pont de Castirla, non loin de l'endroit où Sébastien Mattei, le plus jeune de la fratrie, sera tué un mois plus tard avec deux proches.

Au total, la justice relie une vingtaine de morts à cette interminable vendetta qui a repris de l'intensité à la faveur d'une « tentative d'OPA » des Mattei sur le clan Costa, selon l'analyse de la police. Alors que l'affaire Chloé relance les investigations, les autorités se demandent désormais qui sera le prochain sur la liste dans cette guerre sans fin qui ensanglante la Corse.