Une décision judiciaire qui secoue le monde taurin girondin
Le monde taurin de Gironde est sous le choc après la décision rendue par la justice le 19 mai. Le tribunal administratif de Bordeaux a suspendu l'autorisation de corrida à La Brède, prévue pour le 20 juin 2026. Cette décision, prise en référé suite à une plainte des associations Alliance Anticorrida et One Voice, remet en cause la notion de tradition locale ininterrompue, seul cadre légal autorisant les corridas en France.
Pour les aficionados, cette décision représente une menace directe pour la pérennité de la tauromachie dans le département. Pierre Darrouzet, président de la Coordination des associations taurines de Gironde, déclare : « Nous sommes aux frontières du monde taurin. La Brède et Captieux sont les deux arènes les plus au nord du monde et les dernières de Gironde. » Il craint que cette suspension ne soit le premier pas vers un rétrécissement du territoire taurin.
L'affluence en question
Dans son ordonnance, la juge a souligné la faible affluence du public lors des corridas précédentes. En 2022 et 2023, la commune indiquait que 86 % du public venait du département, mais cela ne représentait que 1 134 personnes en 2022 et 1 393 en 2023. Selon la magistrate, ce nombre est insuffisant pour caractériser la persistance de l'intérêt porté à la corrida par un nombre suffisant de personnes.
Pierre Darrouzet rétorque : « Si un jour il n'y a plus personne pour acheter les tickets aux arènes, la tradition s'arrêtera. » Il voit dans la billetterie un juge important de l'intérêt porté à la corrida, mais estime que ce jour n'est pas encore arrivé. Il rappelle l'existence d'une dizaine d'associations taurines cumulant environ 600 adhérents, un chiffre qu'il juge stable. Cependant, la juge a estimé que cela restait insuffisant.
Une avancée pour les associations animalistes
Me Thouy, avocate de l'association One Voice, se réjouit de cette décision : « C'est tout de même une décision importante, basée sur une application stricte du droit. La jurisprudence avance sur sa lecture. Une année suffit à rompre la tradition. » Elle souligne que la notion d'interruption avait été tordue par le passé et que cette décision rétablit une lecture plus juste de la loi.
De son côté, Pierre Darrouzet regrette une remise en cause de quarante ans de jurisprudence. Il reconnaît que l'histoire taurine en Gironde n'est pas linéaire, mais affirme qu'il existe une tradition constante depuis quarante ans dans le département.
La résistance des aficionados
Malgré cette décision, les aficionados ne baissent pas les bras. Le matador Clemente, originaire de Bordeaux, témoigne de la demande persistante : « Des jeunes de Gironde m'ont demandé d'essayer de les aider à faire venir ici des conférences, des professionnels, pour faire revivre cette culture. » Il raconte ses premières corridas à Floirac et note que, si Captieux fonctionne bien, beaucoup de ses amis doivent se déplacer loin de la Gironde pour toréer.
Jean-François Majesté, éleveur de toros à la ganaderia de La Espera, attend la décision sur le fond : « Dans tous les cas, il faudra faire avec. Ces associations sont à l'affût constamment, avec des moyens énormes. » Les opposants assument leur objectif : « Le but, c'est bien que cela s'éteigne. »
Stéphane Brethes, organisateur de la novillada de Captieux qui aura lieu début juin, se veut optimiste : « J'ai la faiblesse de croire que ça va repartir pour La Brède. » Il lance un appel aux aficionados : « Si l'afición girondine existe, qu'on se retrouve le 7 juin à Captieux pour marquer les esprits. » Un rassemblement qui pourrait être décisif pour l'avenir de la tauromachie en Gironde.



