Nièvre : le corbeau du Morvan jugé en juin après 20 ans de lettres anonymes
Corbeau du Morvan jugé en juin après 20 ans de lettres

Un mystérieux corbeau qui a semé la terreur pendant vingt ans dans plusieurs villages de la Nièvre sera finalement jugé en juin 2026. Paul M., un agriculteur de 67 ans habitant Chiddes, est accusé d'avoir envoyé des centaines de lettres anonymes injurieuses et à caractère sexuel à ses voisins, principalement des femmes, mais aussi quelques hommes. Démasqué en février 2024 grâce à un voisin qui a reconnu son écriture, il a reconnu les faits et a été interné en hôpital psychiatrique.

Une psychose de vingt ans

Pendant deux décennies, les habitants de plusieurs villages de la Nièvre ont vécu dans la peur. Les lettres, souvent accompagnées de montages pornographiques faits maison et de menaces violentes, ciblaient des détails intimes de la vie des victimes. Valérie Bernadat, une retraitée de Larochemillay, a reçu sa première lettre en octobre 2021. « C'étaient des images pornographiques avec des textes vraiment salaces. “Je viendrai te châtrer, te castrer…” Des propos très violents », se souvient-elle. Gilles Martin, un agriculteur également visé, raconte que le corbeau envoyait des courriers à ses amis pour insinuer qu'il entretenait des relations avec leurs femmes.

Un sentiment d'insécurité permanent

Les victimes ont décrit un profond impact psychologique. Catherine, une habitante de Chiddes, confie s'être sentie constamment sous surveillance. « Il y avait dans la lettre des détails sur ma vie personnelle que très peu de gens connaissaient. Il évoquait mes filles. On se demande alors jusqu'où il peut aller. » Valérie Bernadat explique que la boîte aux lettres, située à trente mètres de sa ferme, est devenue source d'angoisse. « À chaque fois que je descendais, je pensais : “Mais qu'est-ce que je vais trouver ?” »

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Des plaintes ignorées

Malgré de nombreux signalements, l'enquête a longtemps piétiné. Valérie Bernadat affirme avoir été accueillie par des gendarmes peu réceptifs, voire moqueurs. Ce n'est qu'en 2024 qu'un voisin a identifié l'écriture de Paul M. sur un document professionnel, permettant son arrestation. Placé en garde à vue, l'homme a reconnu les faits et a été interné pour altération du discernement liée à un éthylisme chronique.

Un procès attendu mais critiqué

Le procès, initialement prévu le 27 avril 2026, a été reporté à juin en raison d'une grève des avocats. Les victimes expriment leur amertume : seules six lettres ont été retenues par la justice, alors qu'elles évoquent des centaines d'envois. De plus, la procédure de reconnaissance préalable de culpabilité prive les victimes de confrontation directe avec l'accusé. Malgré tout, elles espèrent que ce jugement mettra fin à vingt ans de cauchemar.

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