Daniel Cohn-Bendit : « Je me critique moi-même sur ces propos »
Cohn-Bendit : « Je me critique moi-même sur ces propos »

Daniel Cohn-Bendit, ancien député européen, a annulé sa venue à Montpellier prévue ce mardi 30 juin pour présenter son livre « Souvenir d’un apatride ». La décision fait suite à une pétition en ligne ayant recueilli 7 200 signatures, qui lui reprochait des propos tenus il y a plus de cinquante ans à la télévision. Interrogé par Midi Libre, Cohn-Bendit revient sur cette polémique et livre son analyse de l'ambiance politique actuelle.

Des propos anciens mais sans actes, selon Cohn-Bendit

« Ces propos datent de 55 ans. Il y a trois siècles ! » s'exclame Daniel Cohn-Bendit. « Ces propos ou écrits, quand on les entend aujourd'hui sont inacceptables, mais il n'y a jamais eu aucun geste. Au contraire. » Il précise que les parents du jardin d'enfants où il travaillait avaient même lancé une pétition pour le soutenir lorsque l'affaire a refait surface vingt ans après les faits. « Dans mon livre, j'en parle. On doit me critiquer et je me critique moi-même sur ces propos mais il n'y a jamais eu un geste, une accusation, une enquête. »

Une blessure face à l'instrumentalisation

Interrogé sur l'impact de cette exhumation, Cohn-Bendit confie : « Oui, ça me blesse. On me met dans la lignée des horribles choses qui se sont passées. C'est juste que c'est faux. » Il estime être victime d'un « tribunal des réseaux sociaux avec une connotation politique ». Malgré cela, il affirme ne pas se sentir condamné définitivement : « Attendez, je suis sereinement dans le débat public que ce soit en France ou en Allemagne. Ça revient à un moment par hasard à Montpellier. Il y a une agitation sur le moment, je ne vais pas me plaindre non plus mais je ne traîne pas ça comme un boulet. J'ai fait des présentations du livre partout en France, en Allemagne sans aucun problème. »

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Une dérive dangereuse du débat public

Pour Cohn-Bendit, cet épisode illustre une dérive plus large : « On est dans un monde d'une agressivité très dangereuse. La méchanceté, les uns contre les autres, ne facilite pas les débats publics. Tu es de mon côté ou contre moi… La France, et pas seulement ici, mais c'est particulièrement développé, l'espace public est envenimé par l'agression, la haine, qui ne facilitent rien. » Il prédit que la situation ne fera qu'empirer pendant la campagne présidentielle : « Vous allez voir que pendant le débat sur la présidentielle, cela ne va pas s'améliorer. Sur n'importe quel sujet, il est difficile d'avoir un débat public contradictoire apaisé. On ne s'écoute pas. On ne veut rien savoir de l'autre, on veut l'agresser. Ça ne fait pas du bien à la démocratie. »

Un avertissement pour la présidentielle

L'ancien eurodéputé alerte sur les risques d'un second tour opposant l'extrême droite à l'extrême gauche : « Imaginez un second tour de la présidentielle avec Bardella/Le Pen contre Mélenchon, la France va vriller à la folie. C'est très dangereux pour la démocratie en France. » Il appelle les forces démocratiques à s'unir : « La gauche réformiste devrait le plus rapidement faire émerger un ou une candidate et la droite républicaine aussi. Je pense que la France est très de droite aujourd'hui. » Il critique le nombre excessif de candidatures : « À droite, Retailleau, Philippe, Attal et combien d'autres encore et la même chose à gauche Cazenove, Hollande, Glucksman, Tondelier, Batho. Le danger pour la France c'est aussi bien un président Mélenchon qu'un président Bardella ou Le Pen. Les forces démocratiques doivent comprendre la dimension du danger et ne pas jouer chacun sa petite partition personnelle sachant qu'il n'a aucune chance. »

L'ego et l'illusion Macron

Selon Cohn-Bendit, la multiplication des candidatures est due à l'ego et à l'illusion créée par la réussite d'Emmanuel Macron en 2017 : « Il y a un véritable problème qui s'appelle 'la preuve par Macron'. Comme Macron a réussi quelque chose d'impossible, tout le monde croit que c'est encore le cas. Mais là, ils se trompent complètement. C'était une exception. L'élection présidentielle, ça rend fou. Je le dis depuis vingt ans. » Il conclut : « Si la France se laisse aller aux extrêmes, elle s'en sortira mal. »

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