Carolina Mondino, 78 ans, a été grièvement blessée et a perdu sa meilleure amie lors de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Depuis, elle partage son expérience avec des jeunes pour les sensibiliser aux dangers du terrorisme, au nom de l'Association française des victimes du terrorisme (AFVT).
Un long chemin de reconstruction
« Je suis comme un chat, mais je ne sais pas combien de vies il me reste... » Avec son humour acide, Carolina Mondino pose sur le quai des États-Unis, prolongement de la promenade des Anglais qu'elle chérit. Sa vie a basculé le 14 juillet 2016, lorsqu'un camion a foncé dans la foule. Elle a perdu sa grande amie Jacqueline Wurtlin, qui aurait eu 74 ans le 4 juillet 2026, et a été elle-même projetée contre un palmier, gravement blessée.
« Pour moi, c'est la plus grande victime de nous tous. D'un coup, on lui a enlevé la gaité, le sourire, le bonheur », confie-t-elle. Aujourd'hui, elle se déplace seule mais avec difficulté : « Mon audition n'est pas top. J'ai des douleurs au bras. Et je sens toujours ce déséquilibre entre mes côtés gauche et droit. » Les chutes se sont espacées, mais deux infarctus lui ont récemment fait perdre quinze kilos et frôler la mort.
Accepter et transcender le statut de victime
Dix ans après l'attentat, Carolina Mondino est toujours suivie par un psychiatre et un psychologue. Elle n'a « jamais voulu [s']enfermer dans la case des victimes. Au début, je disais que j'avais eu un accident... » Il lui a fallu accepter ce nouveau statut et le transcender. Depuis début 2017, elle intervient dans les collèges et lycées pour « délivrer aux jeunes un message de prévention, afin qu'ils ne tombent pas dans le terrorisme ».
Elle a également témoigné à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, lors d'un congrès de l'Unesco en Argentine, et à l'hommage aux victimes de la fusillade à New York l'an passé. « Ça m'apporte beaucoup. Une relation différente s'établit. J'ai de très bonnes relations avec des victimes du Bataclan. »
L'amitié par-delà la mort
Carolina Mondino a noué une relation privilégiée avec Natacha, la fille de son amie décédée. « Elle est devenue comme mon ange gardien », sourit-elle. Pour Natacha, Carolina incarne un dernier lien avec sa mère : « Je n'ai toujours pas accepté sa mort. » Elle loue la force de caractère de Carolina et partage sa « révolte » face aux « dysfonctionnements inacceptables » dans la sécurisation de la Prom' party.
Ce 14 juillet 2026, « comme tous les ans », Carolina Mondino participera aux commémorations. « Le silence [l']impressionne » à chaque fois que s'allument les 86 faisceaux lumineux. L'un d'eux est pour Jacqueline, l'amie qu'elle « porte toujours dans [s]on cœur », et à qui elle murmure parfois : « Reste avec moi. »



