Vous pensez que vous ne vous ferez jamais avoir ? Vous avez tort. « L’escroquerie au allô n’épargne personne, martèle un enquêteur spécialisé. Quand on regarde le profil des victimes, il y a un peu tout le monde. Même des policiers, des magistrats ou des journalistes qui ont déjà travaillé sur le sujet. C’est très impressionnant ».
Quatre suspects en garde à vue
Les « alloteurs » — le néologisme attribué aux auteurs de ce type d’arnaque — n’en finissent plus de sévir sur tout le territoire national. La dernière affaire spectaculaire est en passe d’être bouclée. Ce jeudi 21 mai, quatre personnes soupçonnées d’appartenir à une même équipe se trouvaient en garde à vue dans les locaux de la sûreté territoriale du Val-de-Marne à Créteil. Une opération qui fait suite à un premier coup de filet lancé en décembre 2025 par le même service de police. Quatre mis en cause avaient alors été placés en détention provisoire.
Un préjudice de 1,5 million d'euros
Au total, cette équipe composée d’hommes âgés de 18 à 35 ans, pour la plupart déjà connus des services, aurait fait 40 victimes, principalement en Île-de-France, pour un préjudice de 1,5 million d’euros. Le donneur d’ordres présumé serait domicilié en Seine-Saint-Denis. Les perquisitions auraient permis la saisie de 55 500 euros, de bijoux, de documents relatifs à des virements bancaires frauduleux et deux véhicules.
Le mode opératoire des escrocs
Le principe de l’escroquerie au allô ? Un agent de votre banque vous appelle. Pour vous, cela ne fait aucun doute. Il a vos coordonnées et d’autres informations qui ne sont pas publiques. En réalité, il les a obtenues en les achetant sur le darknet à la faveur d’une fuite de données. Évidemment, en ligne, il est très crédible. Et pour cause, c’est son métier de duper les victimes.
S’il vous téléphone, c’est que vous êtes apparemment victime d’une arnaque, vous annonce-t-il. Sauf si c’est vous qui venez de virer un montant assez important. Ah ce n’est pas vous ? Alors oui, c’est une arnaque. Heureusement il est là et tout devrait bien se passer. Mais il va falloir faire vite. Vous êtes maintenant sous pression. Le piège est en train de se refermer.
Des scénarios variés
Ensuite, selon le degré de perfectionnement des escrocs, on vous propose plusieurs scénarios. Si c’est rudimentaire, la fausse banque envoie quelqu’un chez vous pour, par exemple, détruire votre carte bancaire vérolée. « Et évidemment, il demande le code, ne détruit pas vraiment la carte et part aussitôt faire des retraits », soupire un policier.
Si l’équipe est d’un niveau supérieur, elle va persuader la victime de procéder à des virements pour sécuriser l’argent. En réalité, il s’agit tout simplement du compte à l’étranger des escrocs. En quelques minutes, vous vous retrouvez à transférer des sommes faramineuses.
Des victimes lourdement impactées
Selon une source proche de l’enquête, dans l’affaire en passe d’être bouclée par la sûreté territoriale du Val-de-Marne, une famille francilienne a ainsi perdu 100 000 euros. Pire, une victime aurait viré 900 000 euros sur un compte des alloteurs.
Une évolution de la criminalité
L’arnaque est tellement lucrative qu’elle a provoqué une mutation au sein de la criminalité. Les vols par ruse ou dits « à la fausse qualité », véritable fléau il y a encore dix ans, sont en chute libre. Ces « rusiers » se faisaient passer pour des employés des eaux et/ou des policiers pour s’introduire chez des particuliers — le plus souvent des personnes âgées — pour mieux les voler.
D’après une note de la préfecture de police, « à l’échelle de l’agglomération parisienne, 2 250 personnes étaient victimes de vols par ruse à domicile en 2016, contre 1 259 en 2025, soit une baisse de 44 % sur ces dix dernières années ».



