Dix ans après la perte de leur fille Camille, 27 ans, lors de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, Anne et Philippe Murris, fondateurs de l'association Mémorial des Anges, se préparent à la commémoration tout en poursuivant leur combat pour la sécurisation de la promenade des Anglais et la création d'un musée mémoriel.
Une préparation vertigineuse pour la cérémonie
À l'approche de la cérémonie du 14 juillet 2026, le couple est pris dans un tourbillon organisationnel. « Quand on est dans l'action, c'est comme si on devenait presque étranger à la chose », confie Philippe Murris. Il anticipe déjà le contrecoup après l'événement : « Je pense que la chute surviendra plutôt les 12, 13 et 14 juillet, quand nous n'aurons plus rien à faire, si ce n'est rencontrer les victimes qui arrivent d'autres régions et de l'étranger. »
Le couple court de réunion en réunion avec les autres associations pour préparer l'hommage. « Les liens vont obligatoirement se distendre avec le temps. Nous devrions entrer dans une période de commémorations plus… habituelles », ajoute-t-il.
Le projet de musée mémoriel relancé
Anne Murris s'est battue pour créer à Nice un grand musée mémoriel dédié à toutes les victimes du terrorisme. Ce projet a finalement été repris par Emmanuel Macron pour l'installer à Paris, une décision vécue comme une déception. « Je vais relancer le projet, mais de façon différente, forte d'une première expérience très regrettable et très indélicate par rapport au travail qui avait été le mien », déclare-t-elle.
Cette quête d'utilité est leur colonne vertébrale. « Camille ne doit pas avoir quitté cette terre pour rien », insistent-ils.
Le combat pour la sécurisation de la Prom'
Le couple attend également que le dossier de la sécurisation de la promenade des Anglais aboutisse. « Y aura-t-il un procès ? Y aura-t-il des mises en examen ? » s'interrogent-ils. Comme de nombreuses autres victimes, ils mènent ce combat depuis des années, sans relâche.
Une douleur toujours présente
« Le temps ne guérit rien, ne change rien à la douleur, il change peut-être un peu les règles du jeu », confie Anne Murris. « L'état émotionnel et de détresse dans lequel j'étais il y a dix ans est toujours là. La souffrance change de visage peut-être, mais dans le fond, elle est toujours aussi destructrice. Dire que ça va mieux ? Non, ça ne va pas mieux. On a simplement plus de parades pour montrer qu'on va bien. »
Mère d'un fils et grand-mère, elle affirme : « Je refuse de laisser ma souffrance en héritage. » La voix nouée, elle ajoute : « Quand on est confrontée à son propre malheur, il est aussi douloureux qu'au premier jour. J'ai parfois envie de dire qu'il est encore plus insupportable, parce que le temps qui passe fait prendre conscience des manques et de toutes les projections volées. »
Le futur brisé de sa fille ricoche sur le sien : « Camille voulait être maman. C'est quelque chose qu'on lui a volé, mais c'est aussi quelque chose qu'on m'a volé. On ne fait pas ses enfants pour soi, mais je voulais une famille pour ne jamais me sentir seule, pour me projeter avec eux dans mes vieux jours. Plus on avance en âge, plus on est confronté à ces trous béants dans notre existence. »



