Agression sexuelle d’un enfant par un prêtre à Béziers : le témoignage bouleversant de la mère
Agression sexuelle à Béziers : la mère témoigne

Huit ans après l’agression sexuelle présumée d’un enfant de 8 ans par le prêtre Xavier Zabaleta, à l’Œuvre de jeunesse de la Font-Neuve à Béziers, la mère de la victime a livré un témoignage poignant, lundi 8 juin, en marge du rassemblement de soutien à Lyhanna devant le tribunal de Béziers. Cette affaire, qui a donné lieu à un dépôt de plainte en 2024, a conduit à l’interdiction de ministère du religieux, lequel conteste les faits. Entendu début juin par les policiers de Bayonne, il n’est pas poursuivi pour l’instant.

Le récit d’une mère effondrée

« Depuis huit ans, nous vivons avec ça, Nathan (*) a été agressé sexuellement et il doit faire avec », confie Nathalie (*), la mère de la victime présumée du père Zabaleta. Présente lors de la manifestation devant le tribunal, elle a raconté à Midi Libre le drame vécu par son fils. « J’avais vu un changement de comportement chez lui, mais je n’ai pas fait de lien. Je l’amenais régulièrement à l’Œuvre de jeunesse biterroise de Font-Neuve, qui servait de garderie. J’avais remarqué des manquements, des gestes rudes envers les enfants, sans jamais imaginer autre chose. Nathan nous a tout raconté plus tard. »

C’est à l’âge de douze ans que l’adolescent a révélé l’agression à sa mère. « Le jour où il nous a expliqué ce qu’il avait vécu, je n’ai pas cru ce que j’entendais. Je n’ai pas cru que cela pouvait arriver à mon fils. J’étais effondrée. Il a été agressé par ce prêtre, qu’il a immédiatement nommé. C’était une agression sexuelle, c’est ainsi que cela a été qualifié. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une solution de garde devenue piège

Nathalie a mis du temps à réagir, abasourdie. « Oui, j’ai tardé. Je croyais mon fils, mais je ne voulais pas croire qu’on ait pu faire cela à mon enfant. Il a baigné dans cette ambiance pendant des années. L’Œuvre de jeunesse était une solution de garde. » Pour de nombreux Biterrois, inscrire son enfant à la Font-Neuve était plus simple que de trouver une place dans les centres de loisirs municipaux. « On pouvait inscrire son enfant la veille, il y avait toujours une solution. Ils facilitaient tout pour rendre service », témoigne une autre mère présente à la manifestation.

Une plainte et des auditions éprouvantes

« Nous avons déposé plainte le 5 juillet 2024, poursuit Nathalie. Mon fils a été entendu deux fois. La première fois par une policière non formée. Je ne critique pas, je sais que c’est un manque de moyens. Il a fallu revenir car l’audition n’avait pas été filmée comme le veut la procédure. Il vomissait au fur et à mesure qu’il racontait ce qu’il avait subi. Ensuite, plus rien. J’ai imaginé que, comme c’était l’Église, tout avait été enterré. C’est très dur à vivre. »

Le père Xavier Zabaleta, arrivé à Béziers en 2014, a précédemment travaillé dans les Œuvres de jeunesse de Montpellier, Nîmes et Saint-Maurin à Marseille. Il a été directeur de la Grande et de la Petite œuvre de Béziers, organisant des séjours et sorties pour enfants. Il officiait à l’église Saint-Joseph de la Font-Neuve et dirigeait la chorale jusqu’en 2022.

Réaction de l’Église : « Laissons la justice faire son travail »

Le père Mura, commissaire apostolique désigné par Rome pour accompagner la congrégation du Sacré-Cœur de Jésus, s’exprime : « J’ai découvert l’affaire en février lors d’une rencontre avec Monseigneur Turini. Il m’a dit qu’après avoir eu connaissance de la plainte, il s’est tourné vers le procureur de Béziers. » Le père Mura a informé Mgr Aillet, évêque de Bayonne, autorité du père Xavier depuis 2022, date à laquelle ce dernier a demandé l’exclaustration pour rejoindre sa mère au Pays Basque. « Ma position est claire : j’accompagne l’évêque de Bayonne qui a pris des mesures disciplinaires strictes. Cependant, une enquête est en cours. Le père Xavier est présumé innocent. Laissons la justice travailler. Sa garde à vue ne date que d’une semaine. » Il précise qu’il va « délivrer un message aux fidèles de la Font-Neuve » et que « le père Xavier ne doit pas apparaître dans l’Hérault. Il va quitter Urrugne, je cherche un lieu d’accueil, mais ce n’est pas facile. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Un traumatisme toujours présent

Lundi, Nathalie a appris que l’affaire était rendue publique. « Mon fils, qui a 17 ans, a été entendu une seconde fois début juin, de manière plus humaine. Mais cela a réveillé des cauchemars. Il n’est pas bien. Pour moi, ce prêtre aurait dû être écarté bien plus tôt. Je ne peux que rassurer mon fils, lui dire qu’il a été fort de s’être enfui quand l’horreur est arrivée dans ce bureau. »

Sur décision de l’évêque de Bayonne, Marc Aillet, le père Xavier Zabaleta, qui nie les faits, est interdit de tout ministère. La congrégation du Sacré-Cœur de Jésus ne dépend pas du diocèse de Montpellier, insiste Me Iris Cristol, avocate du diocèse : « Ce prêtre n’avait pas de mission ici. Nous sommes à l’origine du signalement et avons attendu que la justice agisse. Tout a été fait comme il se doit. »

(*) Prénoms d’emprunt. Toute personne est présumée innocente tant que sa culpabilité n’a pas été établie.