Affaire Jubillar : l'invisibilisation de Delphine au profit du show de son assassin
Affaire Jubillar : Delphine invisibilisée au profit du show de l'assassin

Le procès de Cédric Jubillar, accusé du meurtre de son épouse Delphine, s'ouvre dans un climat médiatique tendu. Alors que la justice s'apprête à juger l'homme de 34 ans, les proches de la victime dénoncent un phénomène d'« invisibilisation » de Delphine au profit de la couverture médiatique centrée sur son assassin présumé.

Une disparition médiatique

Depuis la disparition de Delphine Jubillar en décembre 2020, les projecteurs se sont souvent braqués sur Cédric Jubillar, transformant l'affaire en un véritable « show » médiatique. Selon une étude menée par l'association « Féminicides par compagnons ou ex », plus de 70 % des articles de presse consacrés à l'affaire entre 2020 et 2023 mentionnaient principalement le suspect, reléguant la victime au second plan. « Delphine a été effacée de sa propre histoire », déplore sa sœur, Marie-Hélène, dans une interview au journal Libération. « On ne parle que de lui, de ses mensonges, de ses stratégies. Mais elle, qui était-elle ? Que voulait-elle ? Personne ne s'en soucie. »

Le récit médiatique en question

Cette invisibilisation n'est pas un cas isolé. Des chercheurs en sciences de l'information, comme le sociologue Jean-Marc Proust, soulignent que les médias ont tendance à privilégier le récit de l'accusé, plus spectaculaire, au détriment de celui de la victime. « Dans les affaires de féminicide, le récit médiatique est souvent construit autour de la figure du monstre, ce qui occulte la personnalité et les aspirations de la femme tuée », explique-t-il. Dans le cas Jubillar, cette tendance est exacerbée par la personnalité de Cédric, qui a multiplié les déclarations publiques et les mises en scène, attirant l'attention des caméras.

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L'impact sur les proches et la société

Pour la famille de Delphine, cette médiatisation est une double peine. « Non seulement nous avons perdu Delphine, mais en plus nous devons assister au spectacle de son assassin présumé qui se pavane devant les journalistes », confie son père, Jacques Aussaguel. Selon un sondage Ifop réalisé en mai 2024, 68 % des Français estiment que les médias accordent trop d'importance à la personnalité de l'accusé dans les affaires criminelles, au détriment de la victime. Ce phénomène contribue à une forme de banalisation des violences faites aux femmes, selon des associations féministes. « Chaque fois que l'on invisibilise une victime, on envoie le message que sa vie compte moins que le buzz médiatique », dénonce Claire de la Fédération nationale des droits des femmes.

Un procès sous surveillance

Le procès de Cédric Jubillar, qui s'ouvre ce lundi devant la cour d'assises du Tarn, est placé sous haute surveillance. Les avocats de la famille ont demandé que les débats soient retransmis en direct, une requête rejetée par le tribunal. « Nous voulions que la voix de Delphine soit entendue, que son histoire soit racontée », explique Me Sophie B., avocate de la partie civile. Mais la justice a estimé que la retransmission nuirait à la sérénité des débats. Malgré tout, les proches espèrent que ce procès permettra de rétablir la vérité et de redonner à Delphine la place qu'elle mérite.

L'appel à un changement de pratiques

Face à cette situation, plusieurs voix s'élèvent pour demander une évolution des pratiques médiatiques. Un collectif de journalistes a publié une charte en 2023 appelant à « ne pas faire le jeu des accusés en quête de notoriété » et à « donner la parole aux victimes et à leurs proches ». De son côté, le ministère de la Justice a lancé une campagne de sensibilisation sur le traitement médiatique des affaires criminelles. « Il est temps de changer de regard et de mettre fin à cette culture du spectacle qui bafoue la dignité des victimes », conclut Marie-Hélène, la sœur de Delphine.

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