Le Sénat enquête sur la « manosphère » : le masculinisme, un commerce florissant qui exploite le mal-être des jeunes hommes
Sénat enquête sur la manosphère et le commerce du masculinisme

Le Sénat sonde l'univers masculiniste : une première enquête parlementaire

Depuis novembre 2025, la délégation aux droits des femmes du Sénat mène une enquête inédite sur les mouvements masculinistes. Cette initiative parlementaire, une première en France, vise à comprendre l'expansion de ces groupes et leurs impacts sur la société, particulièrement auprès des jeunes générations.

Une nébuleuse en pleine expansion grâce aux algorithmes

Très actifs en ligne, ces mouvements se rassemblent au sein de ce qu'on appelle la « manosphère ». Bien qu'hétérogènes, ils bénéficient d'algorithmes qui favorisent la diffusion large de leurs propos dégradants et haineux à l'encontre des femmes. « Il est plus que temps de tirer la sonnette d'alarme », estime Dominique Vérien, présidente de la délégation sénatoriale.

Des discours fondés sur des mythes anti-féministes

Laura Verquere, chercheuse spécialiste des masculinités, explique que ces mouvements, apparus dans les années 1980 en réaction aux courants féministes, « se recomposent aujourd'hui et connaissent un regain », notamment grâce aux réseaux sociaux. Leurs discours reposent sur plusieurs piliers :

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  • Le « mythe de l'égalité déjà là », selon lequel les revendications féministes seraient obsolètes
  • La « théorie de l'effet pervers », qui soutient que le féminisme serait allé trop loin
  • Une « mise en péril supposée des hommes et de l'identité masculine »

Un commerce lucratif qui exploite la détresse masculine

Pierre Gault, réalisateur du documentaire « Mascus, les hommes qui détestent les femmes », dénonce un phénomène inquiétant : le masculinisme est devenu « un commerce florissant » qui a pour « fonds de commerce le mal-être des jeunes hommes ». Ces derniers se tournent vers des formations et tutoriels coûteux, pensant y trouver des solutions à leurs problèmes.

Bérangère Couillard, présidente du Haut conseil à l'égalité, ajoute que certains influenceurs bénéficient de « fonds privés étrangers portés par des courants politiques conservateurs, voire fascistes ».

Des impacts concrets sur le terrain

Ces mouvements ne se limitent pas à l'espace numérique. Sarah Durocher, présidente du Planning familial, a mentionné devant le Sénat une menace d'attentat proférée par un masculiniste contre une de ses antennes. La Fédération nationale Solidarité Femmes a quant à elle évoqué des « tentatives de saturation » du 3919, sa ligne d'écoute pour les femmes victimes de violences.

Les effets pernicieux sur les jeunes générations

Les conséquences de ces discours se font déjà sentir en matière de désinformation. Hélène Roger, de Sidaction, relève que certains jeunes croient désormais que :

  1. S'ils ne font pas l'amour, ils ont plus de testostérone et deviennent plus forts physiquement
  2. Les hommes auraient des besoins différents de ceux des femmes
  3. La pénétration serait obligatoire dans tout rapport sexuel

Yseline Fourtic-Dutarde, cofondatrice du collectif Ensemble contre le sexisme, observe un passage inquiétant vers « un discours qui prône le backlash et le retour à des valeurs réactionnaires ».

La régulation en ligne : un défi complexe

Face à ces contenus sexistes et masculinistes, la marge de manœuvre des autorités de régulation s'avère limitée. Laurence Pécaut-Rivolier, membre du collège de l'Arcom, souligne la difficulté de traiter la « zone grise » des contenus qui, hors contexte, peuvent ne pas sembler manifestement illicites.

Pauline Ferrari, autrice de « Formés à la haine des femmes », pointe du doigt le rôle des multinationales de la tech, pour qui la modération des contenus sexistes revient à « se priver d'un capital économique certain ».

Les pistes d'action identifiées

Pour la quasi-totalité des spécialistes interrogés au Sénat, la réponse passe par :

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  • Le renforcement des séances d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements scolaires
  • L'implication des hommes dans la lutte contre le sexisme, comme l'a évoqué le réalisateur Bruno Solo qui parle de « devoir » de s'engager
  • L'encouragement des « collaborations et pratiques mixtes à l'école », selon le sociologue Tristan Renard
  • La fin de la sexualisation des relations garçons-filles dès la maternelle
  • La lutte contre les « boys-clubs », ces groupes exclusivement masculins

Un rapport complet sur cette nébuleuse misogyne doit être remis fin juin 2026, marquant une étape importante dans la compréhension et la lutte contre ce phénomène inquiétant.