Parité municipale : un équilibre encore loin d'être atteint dans le Grand Libournais
Pourquoi les femmes restent-elles si peu nombreuses à occuper le fauteuil de maire ? Dans le Grand Libournais, malgré une légère avance sur la moyenne nationale, les premières magistrates demeurent minoritaires et décrivent un parcours semé d'embûches. Vingt-cinq ans après l'adoption de la loi du 6 juin 2000 sur la parité, le constat demeure implacable.
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
À l'échelle nationale, à peine 20% des maires sont des femmes. Le territoire du Grand Libournais fait légèrement mieux avec un peu moins de 30% d'élues à la tête des communes. Un chiffre certes supérieur à la moyenne, mais encore très éloigné de l'équilibre paritaire. Car si les listes électorales respectent désormais la parité, les postes de pouvoir exécutif restent majoritairement accaparés par les hommes.
Lors de la dernière mandature, seule une intercommunalité, celle du Fronsadais, était présidée par une femme : Marie-France Régis. Sur le terrain, les cinq maires interrogées dressent un paysage similaire, avec des nuances mais des points de convergence forts : un accès encore difficile aux fonctions exécutives, un engagement qui exige des arbitrages personnels lourds, et surtout, un sentiment persistant de devoir constamment prouver sa légitimité.
La légitimité, un combat quotidien
Pour Christelle Guionie, maire de Sainte-Foy-la-Grande depuis 2020, la question de la légitimité reste centrale. « Il y a encore cette idée chez certains que les femmes le sont moins que les hommes, surtout à une échelle très locale », explique-t-elle, évoquant sans détour certaines attaques subies pendant la campagne électorale où elle dit avoir été qualifiée de « marionnette ». « On ne dirait jamais ça d'un homme », ajoute-t-elle amèrement.
Elle ne masque pas non plus une réalité clairement ressentie : « En tant que femme élue, on est toujours obligées de travailler deux fois plus pour arriver au même poste. Et encore, on n'en est pas plus légitime ». Et de résumer, désabusée : « On en est encore là ».
Des parcours variés mais des obstacles communs
Audrey Le Meur, tout juste élue à la tête de Saint-Hippolyte, petite bourgade du Saint-Émilionnais, partage ce constat, même si son parcours diffère. À 35 ans, elle incarne une génération plus jeune d'élues. Son accession à la mairie tient presque du hasard : faute de candidat, elle finit par accepter. « J'ai demandé quinze jours pour réfléchir, on en a parlé en famille, et je me suis dit : c'est maintenant ou jamais », raconte-t-elle.
Mais derrière cette décision se cache une organisation à repenser entièrement : « Il faut que le compagnon derrière fasse aussi des concessions ». Et un constat lucide : « On ne laisse pas encore trop la place aux femmes ».
L'équilibre entre vie personnelle et engagement public
Chez Stéphanie Dupuy, maire de Saint-Quentin-de-Baron depuis 2020, la réflexion s'est faite autrement, presque en creux. « J'élevais mes quatre enfants, je n'aurais jamais pu être maire à ce moment-là », confie-t-elle. Elle a attendu, comme beaucoup de femmes avant elle. « Nous, on pense à tout, on organise tout », insiste-t-elle, évoquant ces journées où il faut jongler entre école, repas, travail et réunions municipales. « Quand on rentre tard d'un conseil, la maison, elle, ne s'est pas arrêtée ».
Elle mentionne également ces réunions fixées « en fin de journée, quand tout s'accélère déjà à la maison », soulignant l'inadaptation des horaires aux réalités familiales.
Adaptation et solidarité entre élus
D'autres choisissent malgré tout d'avancer en parallèle. Émeline Bourdat-Brissaud, maire de Génissac depuis 2020, raconte un équilibre trouvé au fil du temps, presque dans l'évidence du collectif : « On s'adapte pour les réunions. Si je ne peux pas aller à un rendez-vous parce que j'ai la kermesse de mon fils, un autre élu y va. Et tout se fait naturellement ».
Derrière cette souplesse apparente se cache une réalité très concrète : des agendas qui se construisent autour des impératifs familiaux, des réunions décalées, des appels passés entre deux obligations, parfois depuis une voiture ou une cour d'école.
Le regard de l'expérience
À l'autre bout du spectre, Marie-Claude Lavignac, élue depuis cinq mandats, apporte un regard chargé d'expérience. Elle se souvient d'une époque où les femmes étaient encore plus rares dans les instances municipales. « J'ai été introduite par les anciens », raconte-t-elle. « C'est auprès d'eux que j'ai tout appris ».
Elle évoque ces débuts où il fallait « faire sa place sans faire de bruit », apprendre les codes, observer avant d'oser. « On n'arrivait pas comme aujourd'hui, il fallait être acceptée », souligne-t-elle, montrant ainsi l'évolution des mentalités tout en pointant les résistances persistantes.
Un mouvement enclenché mais inachevé
Entre ces trajectoires variées, une même ligne de fond apparaît clairement. Certaines attendent le moment propice, d'autres s'adaptent au quotidien, d'autres encore empruntent des chemins détournés. Toutes composent avec leur vie personnelle, avec les attentes sociales, avec des codes qui n'ont pas complètement disparu.
Et derrière ces parcours individuels, le même paradoxe persiste : la parité existe sur le papier et dans les listes électorales, mais elle s'arrête souvent au seuil du pouvoir exécutif. Dans le Grand Libournais, comme ailleurs en France, le mouvement vers l'égalité est certes enclenché, mais il reste profondément inachevé, témoignant des résistances culturelles et structurelles qui continuent de freiner l'accès des femmes aux plus hautes responsabilités locales.



