Discriminations : plus de la moitié des victimes adoptent des stratégies d'évitement
Discriminations : 52% des victimes évitent les situations à risques

Discriminations en France : plus d'un Français sur deux adopte des stratégies d'évitement

Selon une étude Ifop réalisée pour la Licra et rendue publique ce jeudi, plus d'un Français sur deux (52%) victime de discriminations à caractère raciste ou religieux a développé des stratégies d'évitement des situations potentiellement risquées. Cette enquête d'une ampleur exceptionnelle, menée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès de 14.025 personnes représentatives de la population française âgée de 15 ans et plus, révèle des mécanismes d'adaptation préoccupants face aux discriminations.

Les formes concrètes de l'évitement

Les données détaillées montrent que 39% des victimes ont évité de fréquenter certaines rues ou zones spécifiques, tandis que 19% ont délibérément modifié leur apparence pour ne pas révéler leurs origines. Parallèlement, 19% ont volontairement dissimulé leurs origines sur internet ou les réseaux sociaux, créant ainsi une forme d'autocensure numérique face aux risques de discrimination.

Des disparités significatives entre communautés

Le phénomène d'évitement touche particulièrement certaines communautés religieuses : 81% des Français juifs interrogés ont adopté cette stratégie, suivis par 58% des musulmans et 54% des catholiques. L'étude a également pris en compte l'origine ethnique perçue par autrui, révélant que 61% des personnes perçues comme arabes et 53% de celles perçues comme noires ont modifié leur comportement pour éviter les situations à risques.

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L'impact profond des discriminations

Les conséquences de ces discriminations sont particulièrement lourdes : 22% des victimes d'agressions ou de discriminations ont déjà envisagé de quitter la France, un chiffre qui s'élève à 55% pour la communauté juive et 46% pour la communauté musulmane. Globalement, 46% des sondés déclarent avoir été victimes d'agressions ou de discriminations racistes au cours de leur vie, avec des proportions atteignant 80% pour les juifs et 79% pour les musulmans.

La nature des discriminations subies

Concernant les formes spécifiques de discrimination subies en raison des origines, de la religion ou de la couleur de peau, l'étude révèle que 25% des victimes ont fait l'objet de moqueries désobligeantes ou de propos vexants, 24% ont subi des insultes ou injures, 14% ont été menacées et 9% ont été victimes de violences physiques. Sur le plan temporel, un quart (24%) des sondés ont vécu de telles expériences au cours des cinq dernières années, et 15% au cours des douze derniers mois.

Un phénomène en augmentation constante

Selon les données du ministère de l'Intérieur communiquées en mars, les services de police et de gendarmerie nationale ont enregistré en 2025 plus de 9.700 crimes ou délits à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux, représentant une augmentation de 5% par rapport à 2024. Sur la décennie 2016-2025, ces faits connaissent une hausse moyenne de 7% par an, confirmant la persistance du phénomène.

L'Ifop souligne dans son analyse que « si la France ne peut être qualifiée de société systémiquement raciste, force est néanmoins de constater que le racisme est loin d'être un phénomène marginal ou résiduel ». L'institut met particulièrement en avant la taille exceptionnelle de son échantillon, qui donne une photographie particulièrement précise de la réalité des discriminations en France.

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