Stanislas : le nouveau directeur affirme avoir mis fin aux dérives dénoncées
Stanislas : le directeur assure avoir réglé les problèmes

Stanislas : le nouveau directeur affirme avoir mis fin aux dérives dénoncées

Igor Le Diagon est le nouveau visage de Stanislas. Arrivé en septembre 2024, en pleine tempête médiatique, il a été nommé avec pour mission de stabiliser le navire « Stan ». L’établissement privé catholique parisien sous contrat d’association avec l’État – connu pour l’excellence de ses résultats au bac et le très haut niveau de ses classes préparatoires – était accusé par la presse d’entretenir un climat homophobe, sexiste et autoritaire. Plusieurs témoignages de parents et d’élèves l’avaient corroboré.

Un rapport d'inspection avec quatorze recommandations

L’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (Igésr), saisie par le ministre de l’Éducation nationale de l’époque, Pap Ndiaye, a relevé elle-même des « dérives ». Sans conclure à un problème systémique, le rapport rendu à l’été 2023 comportait quatorze recommandations à l’attention de l’établissement. Parmi elles : le respect du caractère facultatif de l’instruction religieuse, le contrôle du respect du programme en cours de SVT et d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (notamment sur les cours de prévention des risques de grossesse ou d’infection sexuellement transmissible) et le renforcement des dispositifs d’alerte.

Igor Le Diagon, qui avait dirigé les classes préparatoires de l’établissement jusqu’en 2015 avant de rejoindre Marcq Institution – une sorte de petit « Stan » lillois –, avait pour mission de s’y conformer. C’est désormais chose faite, martèle-t-il.

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Un refus de subvention « incompréhensible »

Pourtant, la mairie de Paris refuse toujours de verser l’aide de 1,4 million d’euros due à l’établissement au titre de forfait d’externat conformément à la loi Debré. Un refus « incompréhensible » pour le nouveau directeur, qui dénonce un « acharnement » contre son modèle. « Si je sors de mon silence aujourd’hui, c’est pour mettre fin aux fantasmes », dit-il.

Le directeur explique : « Je suis arrivé dans un contexte très particulier, avec pour mission de mettre en œuvre les préconisations du rapport de l’Inspection générale. Nous avons beaucoup travaillé pour cela, avec les familles, le diocèse, les inspecteurs, le rectorat. Et c’est désormais chose faite. »

Il insiste sur la conclusion du rapport d’inspection : « Elle observe qu’il y a eu des situations individuelles, qui ont été traitées et sanctionnées, mais elle dit qu’il n’y a pas de manière systémique de problèmes d’homophobie, de sexisme ou de violence. »

Dix recommandations sur onze appliquées

Sur les onze recommandations de l’Inspection générale, dix d’entre elles ont fait l’objet d’une mise en conformité. Elle a notamment reconnu que tout était conforme sur l’éducation à la sexualité, sur les intervenants en culture chrétienne, sur les valeurs de la République, sur l’égalité filles-garçons et le respect des différences.

Concernant les cours de SVT et les cours d’Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, « nous veillons à ce qu’ils soient abordés du début à la fin, conformément aux programmes. Nous avons eu quatre inspections cette année sur ce sujet, précisément pour s’assurer de la bonne application de ces nouveaux programmes. La rectrice m’a personnellement écrit en février pour attester que nous étions en conformité », précise Igor Le Diagon.

La onzième recommandation, qui concerne une distinction plus précise entre culture chrétienne et instruction religieuse, est en cours de validation par le rectorat. « Les cours de culture chrétienne s’adressent à l’intelligence et non pas à la foi de nos élèves, et sont obligatoires pour tous au titre du caractère propre de l’établissement tel que le prévoit la loi Debré », explique-t-il.

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Des propos contraires aux valeurs sanctionnés

Un bénévole avait, par le passé, assimilé la contraception chimique à une pratique « dangereuse », l’homosexualité à une « maladie » et l’avortement au fait de « tuer volontairement une personne innocente ». Le directeur affirme : « Je peux le dire. Ces paroles sont contraires aux valeurs de la République et par conséquent à celle de l’établissement. Ça l’a d’ailleurs toujours été. Les élèves qui avaient entendu ces paroles avaient été extrêmement choqués et nous avaient d’ailleurs eux-mêmes fait remonter l’information. Et cette personne avait été renvoyée dès que la direction a été informée. »

Afin d’éviter que cela ne se reproduise, l’établissement a rendu obligatoire pour tous les adultes intervenant dans l’établissement le webinaire dédié à la prévention des abus sur mineurs, proposé par le diocèse de Paris. Une charte a également été mise en place, signée par tous les intervenants, par laquelle ils s’engagent à ne pas exprimer d’opinions personnelles et à s’en tenir strictement au programme.

Multiplication des canaux de signalement

Pour garantir que les élèves puissent parler sans crainte de représailles académiques ou disciplinaires, en cas de problème, l’établissement a multiplié les canaux de signalement et d’écoute. Une psychologue se trouve à mi-temps dans l’établissement, ainsi que trois infirmières et une médecin scolaire présente deux après-midi par semaine.

Un dispositif inspiré du dispositif PHARE mis en place par l’Éducation nationale pour lutter contre le harcèlement scolaire a été déployé : 19 professeurs référents ont été spécifiquement formés à l’écoute des élèves et sont clairement identifiés par eux. Dans les internats, des parents et des élèves délégués élus servent de relais d’alerte.

« L’idée est de mettre les élèves à l’aise pour libérer la parole. Et je veux être très clair : si de telles situations venaient à notre connaissance, nous serions extrêmement fermes », assure le directeur. Aucun signalement n’a été enregistré depuis la mise en œuvre de ce dispositif.

Un blocage financier qui impacte les travaux

Malgré ces évolutions, la mairie de Paris refuse toujours de verser la dotation financière due à l’établissement pour l’année 2025. « Oui, et c’est incompréhensible ! Ces forfaits ont été suspendus à la suite de la publication du rapport de l’inspection générale. Mais nous y avons répondu point par point. Je me suis déplacé à plusieurs reprises à la mairie pour le dire et les inspecteurs académiques peuvent en attester également », s’indigne Igor Le Diagon.

Il rappelle que ces forfaits sont prévus par la loi Debré et constituent une obligation légale pour les collectivités. « Pour Stanislas, il s’agit tout de même de 1,4 million d’euros ! Ce blocage nous a obligés à réduire les travaux, notamment à reporter la rénovation de notre système de chauffage ».

Des résultats académiques excellents

Le directeur estime qu’il y a beaucoup de fantasmes sur l’enseignement privé catholique. « Et les errements de certains établissements – mis à jour notamment par le scandale de Bétharram – n’ont pas aidé à les lever. Tout cela, évidemment, est inadmissible et l’État comme l’Église doivent y veiller. Mais ce n’est ni la réalité de l’instruction privée catholique en France, ni celle de Stanislas ».

Il met en avant les résultats de l’établissement : « Il suffit de regarder les résultats de nos élèves de terminale au bac : 100 % ont leur bac en 2025, 90 % l’ont eu avec mention bien ou très bien, et 66 % se dirigent ensuite vers une classe préparatoire. Et parmi nos élèves de prépas, beaucoup sont reçus à Polytechnique – 47 admis cette année, 18 % des élèves ont intégré CentraleSupélec, 9 % les ENS… Sans compter les taux élevés d’admis en médecine ou dans les grandes écoles de commerce. »

Une demande d'inscription en hausse

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les polémiques n’ont pas impacté la demande. « Non ! Cela peut sembler paradoxal, mais l’établissement n’a jamais reçu autant de demandes d’inscription que depuis deux ans. Cela montre que les familles continuent de nous faire confiance pour l’éducation de leurs enfants. Alors que nous clôturons habituellement nos inscriptions au collège et au lycée en avril, nous les avons cette année pour la première fois arrêtées en janvier, car nos effectifs étaient déjà complets », se réjouit le directeur.

Il explique ce qui attire les familles : « Ils viennent pour un ensemble de valeurs, qui sont celles du travail, de l’effort, de la persévérance, de la précision et du soin accordé à chaque chose. Ils viennent aussi pour le développement d’un savoir classique au sens noble du terme, avec beaucoup de musique, de théâtre, de sport et de culture chrétienne. L’idée n’est pas de faire de prosélytisme, mais d’offrir à nos élèves le bagage nécessaire à la compréhension de notre monde, qui est marqué – qu’on le veuille ou non – par l’histoire judéo-chrétienne. Ils viennent enfin pour rejoindre une communauté à laquelle ils sont fiers d’appartenir. »

Une sélection basée sur l'adhésion au projet

Stanislas accueille des élèves aux profils variés, que ce soit ceux de prépas ou ceux des classes SEGPA (qui ont des difficultés d’apprentissage importantes) ou du dispositif ULIS (qui accueille des élèves en situation de handicap) au collège et au lycée. « Quel que soit l’élève, nous veillons à ce qu’il adhère au projet de l’établissement tant sur le plan académique que sur celui de l’attitude et des valeurs. Nous consultons d’abord le dossier scolaire pour le vérifier, puis je reçois les familles – d’abord les parents, puis l’enfant. Même si chaque élève conserve son propre rythme, il est important pour nous de vérifier que chacun a la même volonté de réussir », détaille Igor Le Diagon.

Il attribue la réussite de l’établissement aux valeurs partagées de travail et d’exigence, à l’entraide présente dans les classes, à la qualité du corps enseignant et à une pédagogie classique, exigeante, basée sur l’effort et la répétition.

Une politique stricte sur les téléphones portables

Les téléphones portables ne sont jamais autorisés, ni au collège, ni au lycée. « Les élèves le savent en arrivant chez nous. Cela facilite les choses. Et c’est une vraie liberté pour nos jeunes : ils se parlent, ils jouent, ils s’écoutent et ils travaillent. Cela aide à la concentration et cela évite la triche », justifie le directeur.

Des rumeurs infondées sur Parcoursup

Contrairement aux rumeurs, l’établissement ne sabre pas les notes des élèves. « La moyenne de classe en terminale est entre 14 et 15. Et nos élèves sont admis partout, notamment à Henri IV, Louis Le Grand ou Ginette, qui connaissent la solidité de nos élèves. Le nom de l’établissement, qui figure sur le dossier de nos élèves, est un vrai repère de qualité pour les commissions d’admission. Il faut qu’il demeure », affirme Igor Le Diagon.

Les inspecteurs de l’Igésr avaient alerté sur le fait que l’établissement encourageait ses élèves de terminale à ne faire qu’un vœu unique, pour les CPGE de Stanislas, sur la plateforme Parcoursup. En 2023, sur plus de 600 000 élèves ayant formulé des vœux sur Parcoursup, seuls 41 candidats à une classe préparatoire n’en avaient formulé qu’un seul. Parmi ces 41 lycéens, 38 étaient des élèves de Stanislas.

Le directeur se défend : « Si des élèves ont choisi de ne faire qu’un vœu unique pour Stanislas, cela relève de leur seule volonté. Afin de mettre fin à toute ambiguïté, nous demandons à tous nos élèves de ne pas mettre de vœu unique et de diversifier leurs choix, même lorsqu’ils ont le niveau et le souhait de rester ici. »