Sportifs en politique : le sociologue Igor Martinache analyse leurs motivations
Sportifs en politique : analyse des motivations par un sociologue

Sportifs en politique : le décryptage d'un sociologue sur un phénomène croissant

Une fois leur carrière sportive terminée, de nombreux athlètes de haut niveau tentent une reconversion dans le monde politique. Dans le Sud-Ouest de la France, ils sont au moins une vingtaine à s'être engagés pour les élections municipales des 15 et 22 mars. Le sociologue Igor Martinache, spécialiste des relations entre sport et politique et maître de conférences à l'Université Paris-Nanterre, analyse en profondeur ce phénomène sociétal.

Pourquoi cette reconversion nous interpelle-t-elle ?

Nous avons tendance à considérer le monde du sport comme apolitique, comme s'il devait rester extérieur à la sphère politique. Pourtant, dès que des sportifs s'expriment politiquement, des forces de rappel se manifestent immédiatement. Lorsque des joueurs de l'équipe de France de football ont critiqué le Rassemblement national pendant la dernière Coupe du monde, beaucoup leur ont dit : « Non, vous n'avez pas le droit de vous exprimer ainsi ». Un artiste faisant les mêmes remarques pourrait certes être critiqué, mais pas sur le principe même de son expression politique.

Ce phénomène n'est pourtant pas nouveau. Déjà lors des régionales de 2010, de nombreuses personnalités identifiées comme sportives s'étaient engagées. Mais étant donné les injonctions sociales à bien séparer ces mondes, cela reste un phénomène relativement peu courant.

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L'intérêt politique des candidats qui recrutent des sportifs

Pour les candidats, faire appel à des sportifs permet de réaliser des gains d'image à moindre coût. Ils cherchent à capter leur popularité et l'aura associée aux valeurs du sport : jeunesse, dynamisme, désintéressement. Ces qualités, plus ou moins réelles, sont ancrées dans les représentations collectives. Lorsque Kylian Mbappé a critiqué - pas explicitement - le RN pendant les dernières législatives, cela a inquiété le parti précisément parce que le footballeur possède une influence considérable.

Les sportifs ont-ils des prédispositions naturelles pour la politique ?

Non, c'est un mythe, affirme Igor Martinache. Certains sportifs mettent en avant leur expérience de la compétition et de l'adversité, mais il ne faut pas exagérer l'exceptionnalité de leur cas. Ce qui peut réellement motiver leur engagement, ce sont plutôt leur environnement d'origine, les formes de rejet subies, ou les discriminations. Les discriminations racistes, toujours actuelles, peuvent par exemple pousser à s'engager, comme dans le cas de l'ancien footballeur Vikash Dhorasoo, tête de liste LFI aux dernières municipales parisiennes.

Intérêt personnel et reconversion

Évidemment, il existe aussi un intérêt personnel. On valorise le désintéressement, mais toute personne s'engageant en politique obtient des rétributions symboliques ou économiques. La reconversion professionnelle représente un véritable enjeu pour les sportifs. Faire de la politique devient alors une manière de rester visible dans l'espace public, de démontrer qu'ils ont aussi des capacités intellectuelles, pas seulement physiques.

Le sport, parent pauvre de la politique locale ?

Le sport reste effectivement un sujet difficile à politiser. Au niveau municipal, des choix cruciaux se présentent : faut-il soutenir financièrement un club professionnel ou plutôt distribuer les fonds à de nombreuses associations pour développer le sport dans les quartiers ? Ces décisions correspondent à des orientations politiques différentes, mais force est de constater que peu de personnes se battent pour obtenir le portefeuille des sports.

L'impact réel d'un sportif sur une liste

Quant à savoir si la présence d'un sportif sur une liste influence réellement les électeurs, c'est impossible à déterminer avec certitude. L'effet spécifique de « tiens, il y a tel sportif, donc je vais voter pour cette liste » reste difficile à mesurer et à isoler des autres facteurs de décision électorale.

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