Fabienne Marcot, première bibliothécaire sourde à Bordeaux-Mériadeck
Première bibliothécaire sourde à Bordeaux-Mériadeck

Fabienne Marcot est la première personne sourde à travailler à la bibliothèque centrale de Bordeaux-Mériadeck. Son arrivée ne se limite pas à un service rendu au public : elle encourage toute une équipe à bouleverser ses habitudes.

Un recrutement inclusif

Depuis janvier 2024, l'espace Diderot de la bibliothèque centrale de Bordeaux-Mériadeck, adapté aux différents handicaps, accueille Fabienne Marcot comme première bibliothécaire sourde. Elle n'était pas une inconnue : elle y intervenait déjà comme lectrice bilingue (français, langue des signes) pour l'association Regards, puis comme auto-entrepreneuse. Son entretien de recrutement, réalisé avec un traducteur, a été excellent. « Nous lui avons demandé comment elle envisageait de travailler avec un public entendant. Elle nous a sidérées en répondant : "Je m'adapte très bien, je sais répondre aux entendants" », raconte Marie-Emmanuelle Béraud-Sudreau, responsable de l'espace Diderot.

Un engagement collectif

Pour Julie Calmus, cheffe de service du développement des publics, intégrer Fabienne était une évidence : « On s'est dit qu'il fallait se donner les moyens de recruter une aussi bonne bibliothécaire. » Fabienne Marcot confie : « J'ai toujours aimé cette bibliothèque. Il faut que les sourds puissent y entrer. » Noémie Doison, chargée de l'accessibilité, ajoute : « Rien de mieux qu'une bibliothécaire sourde pour se mettre à la place du public sourd. »

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L'intégration d'une collègue sourde dans une équipe d'entendants ne s'improvise pas. À Bordeaux, le défi a agi comme un électrochoc bienveillant. La Ville de Bordeaux et la Métropole ont financé l'aménagement du poste, des interprètes pour les réunions, et surtout, l'équipe s'est engagée dans l'apprentissage de la langue des signes française (LSF).

Une ouverture d'esprit

Pour ses collègues entendants, la découverte de la culture sourde est un bouleversement. Marie-Emmanuelle Béraud-Sudreau s'enthousiasme : « C'est un univers de pensée et une expérience complètement différents des autres langues que j'ai pu apprendre. Une ouverture d'esprit incroyable, très stimulante, presque une aventure intellectuelle ! » Noémie Doison abonde : « Dans une société où l'on cache ses émotions, ici, il faut que le visage accompagne le signe. C'est une autre logique : on décrit d'abord l'environnement global avant de faire un focus précis. C'est très libérateur d'exploiter toute l'expressivité du corps. »

L'adaptation mutuelle

Fabienne observe avec un sourire compréhensif les efforts de ses collègues : « Je sais combien c'est compliqué, difficile, long d'apprendre la LSF. Leurs signes sont parfois maladroits, je les corrige. Depuis toute petite, j'ai dû m'adapter. Maintenant, je les vois s'adapter à moi, cela me touche beaucoup. C'est plus confortable, cela me demande moins d'énergie. » Julie Calmus souligne : « Dans un système où la culture de l'écrit et la validation sont reines, pour les malentendants, la fatigue cognitive est bien plus forte. Fabienne nous l'a fait comprendre. »

Fabienne partage sa vision du monde : « Pour nous, les sourds, le visuel est très important, on voit la vie comme un film en 3D. »

Des réactions positives du public

Les usagers sont souvent surpris, mais curieux. Fabienne accueille avec un « bonjour » signé. Si certains parlent normalement, elle utilise une application de traduction sur son téléphone. « C'est une situation qui se vit à deux », souligne-t-elle. En septembre dernier, lors de la Journée mondiale des sourds, elle a été présentée officiellement. Les applaudissements n'ont pas fait de bruit, mais l'émotion était assourdissante.

L'espace Diderot : une philosophie d'inclusion totale

L'espace Diderot, en référence à l'essai de Diderot, est une bibliothèque dans la bibliothèque, pionnière depuis 1991 pour les personnes déficientes visuelles, puis élargie à tous les handicaps. Sa philosophie : l'inclusion totale, avec du matériel adapté (téléagrandisseurs, machines à lire, lecteurs Victor). Grâce à la loi de 2008, il propose gratuitement des fichiers numériques et des ouvrages adaptés, ainsi qu'un service de portage à domicile. La programmation culturelle mise sur la mixité des publics.

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