À Poissy, dans les Yvelines, une initiative originale a vu le jour pour lutter contre les rixes entre jeunes. Mercredi 20 mai 2026, Adama Camara, un ancien détenu condamné à huit ans de prison pour homicide, a organisé une action de sensibilisation en partenariat avec la mairie. Une quarantaine de jeunes âgés de 11 à 20 ans ont participé à cette rencontre, marquée par des échanges francs et une mise en situation choc.
Le poids des réseaux sociaux dans les conflits
Adama Camara a commencé par interroger les jeunes sur leur comportement face à une agression. « Qui parmi vous court en voyant un jeune arriver vers vous avec un couteau ? », a-t-il demandé. La plupart des mains se sont levées. Puis il a ajouté : « Et si la scène est filmée ? » Presque toutes les mains sont retombées. « Ah le poids des réseaux sociaux », a-t-il soupiré, soulignant l'importance du regard des autres et de la fierté dans les rixes.
Une actualité tragique
Cette sensibilisation intervient dans un contexte douloureux : le même jour, une adolescente de 15 ans a été grièvement blessée lors d'une bagarre entre filles à Guyancourt, également dans les Yvelines. Samira Tafat, adjointe à la jeunesse de la mairie de Poissy, a expliqué : « La violence touche toutes les strates de la société. On a peur qu'un jeune pète un plomb, à l'image de ce qui se passe aux États-Unis. » Elle a ajouté qu'Adama Camara, ayant vécu les rixes et leurs conséquences, avait plus d'impact que les adultes classiques.
Le parcours d'Adama Camara
Adama Camara a grandi à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise). En 2014, sa vie a basculé lorsqu'il a vengé la mort de son frère en tirant huit balles sur ses meurtriers. Heureusement, ses cibles ont survécu. Condamné à huit ans de prison, il a purgé cinq ans et demi. Depuis sa sortie, il sillonne la France avec son association SADA pour sensibiliser les jeunes des quartiers. Sa « grotte mobile », un petit camion simulant une cellule de prison, est un outil pédagogique fort.
Des jeunes prêts à en découdre
Ce jour-là, deux jeunes étaient sur le point de se battre à l'arrivée d'Adama. Ils ont été séparés in extremis. Pendant la conférence, Adama leur a demandé les raisons de leur conflit. La réponse : « un regard de travers ». Il a alors utilisé des mises en situation pour les faire réfléchir, invitant les deux protagonistes à monter sur scène.
Il a interrogé le public sur la réaction à avoir si un ami est en difficulté. Les réponses ont varié : « Je mettrai un coup de pied à son opposant », « je ne ferais rien », ou encore « je filmerais pour mes réseaux ». Adama a alors égrené les peines encourues : « Si tu filmes, tu es complice », a-t-il lancé à un élève de 6e qui aurait publié la scène sur Snapchat. Quant à celui qui regarde sans intervenir, il risque une convocation pour non-assistance à personne en danger. Les jeunes ont été surpris : « Wha, je ne savais pas », ont-ils murmuré.
La prison, une réalité brutale
Adama a raconté son expérience carcérale. À un collégien qui demandait si la prison était « cool » comme sur TikTok, il a répondu : « C'est une image fausse. L'univers carcéral est compliqué. J'étais en dépression tout au long de l'incarcération. La réinsertion n'est pas simple non plus. La prison détruit un homme. »
Les discussions ont dérivé vers les vidéos violentes. Beaucoup de jeunes connaissaient celles d'un cartel diffusées sur Telegram. Un adolescent de 12 ans a avoué avoir vu un homme se faire démembrer. Aucun n'en avait parlé à ses parents. Adama a déploré : « La violence est banalisée très tôt sur leur téléphone. Dès le CM2, la plupart ont vu un contenu violent. Beaucoup portent un couteau sur eux. À mon époque, on se battait avec les mains. »
Témoignages poignants
Plusieurs collégiens ont partagé leur vécu. Massy, 14 ans, a été exclu de son établissement après avoir frappé un camarade avec un compas. « Un garçon avait insulté ma mère. J'ai réagi, mais depuis, je regrette », a-t-il confié. Amine, 12 ans, a lui aussi été impliqué dans une bagarre. « Maintenant, je ne frapperai plus, j'irai prévenir un adulte », a-t-il assuré, tout en soulignant l'effet de groupe : « Dans mon collège, dès qu'un jeune tape l'autre, toute la cour se rassemble en criant. Cela s'est produit cinq fois cette année. »
La simulation de cellule
En fin de séance, Adama a conduit les jeunes dans sa grotte mobile. « Si on part en prison, notre famille continue d'évoluer alors que le temps s'arrête pour nous », a murmuré un adolescent. Adama a conclu : « Le soir, certains y réfléchissent encore. C'est le but. Après ça, ils sont responsables de leurs actes. »



