Bergerac : 82% des enseignants en grève contre la suppression de 118 heures de cours
Grève massive à Bergerac contre des coupes horaires dans l'éducation

Une mobilisation massive contre les coupes budgétaires dans l'éducation

La décision du rectorat de supprimer 118 heures de cours à la rentrée 2026 au lycée Maine-de-Biran de Bergerac a provoqué une levée de boucliers sans précédent. Ce lundi 23 février, l'appel à la grève a été suivi par 82% des enseignants de l'établissement, un taux de participation exceptionnel qui témoigne de l'inquiétude grandissante dans la communauté éducative.

Une "boucherie" selon les syndicats

Pour l'académie de Bordeaux, cette réduction horaire serait une conséquence logique de la diminution du nombre d'élèves dans l'établissement. Mais les syndicats dénoncent une véritable "boucherie" qui se traduira concrètement par la suppression de cinq postes d'enseignants à temps plein et la transformation de huit autres en temps partiel, avec des compléments de service à assurer ailleurs.

« Proportionnellement au nombre d'élèves, qui sont un peu plus de 1 400, on est le lycée le plus touché de Dordogne », explique Vincent Boudinet, représentant du Snes-FSU. « Pour les enseignants, ce sera encore plus de travail et moins de temps accordé à chaque élève. Un professeur pourra passer de six ou sept classes à huit ou neuf. »

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Des conséquences dramatiques sur la qualité de l'enseignement

La suppression de ces heures entraînera mécaniquement la fin des dédoublements (cours en demi-groupe) et provoquera une surcharge des classes, certaines pouvant atteindre 35 élèves. Jean-Luc Dupé, de Force ouvrière, alerte sur les conséquences sociales de cette mesure : « Nous avons des élèves issus de catégories socioprofessionnelles moins favorisées, qui ont besoin d'accompagnement. Ce sera plus difficile de leur offrir un accompagnement personnalisé et l'ambiance va se dégrader dans les classes à 35 élèves. »

Omar Sebbane, professeur d'économie et gestion, souligne l'impact particulièrement négatif sur les filières STMG : « Beaucoup d'élèves de cette filière ont besoin de plus d'attention, pour reprendre confiance, être remis en selle. La proviseure, Angélique Mangenot, a instauré des classes à 20 élèves et le changement a été radical. Le climat s'est apaisé, on a plus de temps à leur accorder. »

La stratégie des petites classes menacée

Raphaëlle Wyckhuyse, enseignante en BTS, confirme l'amélioration du climat social grâce à cette approche : « Le climat social s'est indiscutablement amélioré dans tout l'établissement. Avec cette baisse de la dotation horaire, on va être privés de cette stratégie de classes à 20 élèves qui fonctionne et a du sens. » Elle craint également que cette situation ne crée « une concurrence entre les équipes » pour l'accès aux ressources restantes.

Les élèves expriment leurs inquiétudes

Les élèves du lycée Maine-de-Biran partagent les préoccupations de leurs enseignants. Victor, élève de terminale générale, témoigne : « On a déjà des classes à 35 élèves et les fins de journée sont compliquées, parce que les cours deviennent très bruyants. En plus, les professeurs n'ont pas de temps à accorder individuellement aux élèves. »

Manon, en première STI2D, bénéficie encore de conditions privilégiées : « Moi, j'ai la chance d'être dans une classe de 18 élèves. Les profs ont plus de temps pour faire du cas par cas. Et c'est plus agréable et convivial qu'une classe à 30 ou 40. » Mais cette situation risque de disparaître avec les nouvelles mesures.

Lucas, en première générale, résume l'inquiétude générale : « Plus le groupe est grand et plus on perd le côté humain. Ça va être de plus en plus compliqué de suivre les cours. »

La mobilisation se poursuit

Réunis en assemblée générale, les enseignants ont voté la poursuite de la grève pour mardi 24 février. Ils ont également obtenu un rendez-vous à la Direction des services départementaux de l'Éducation nationale (DSDEN) mercredi 25 février dans l'après-midi.

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L'académie de Bordeaux maintient pour sa part une position officielle prudente : « Le comité social d'administration relatif aux suppressions et créations de poste pour la rentrée prochaine ne s'est pas encore tenu. À l'heure actuelle, les éventuelles suppressions de postes pour cet établissement ne sont ni en discussion, ni entérinées. » La directrice des services de l'Éducation nationale en Dordogne recevra effectivement les syndicats en audience mercredi 25 février.

Cette mobilisation exceptionnelle à Bergerac s'inscrit dans un contexte national de tensions autour des moyens alloués à l'éducation publique, alors que de nombreux établissements font face à des réductions similaires de leurs dotations horaires.