Gard : parents et enseignants unis contre la suppression de 62 classes
Dans le département du Gard, un vent de colère souffle sur le projet de réforme de la carte scolaire. Parents d'élèves et enseignants se sont rassemblés main dans la main devant les services de l'Éducation nationale à Nîmes pour dénoncer les prévisions alarmantes de suppression de classes à la rentrée prochaine.
Une mobilisation massive pour défendre l'école publique
Ce jeudi 9 avril, une foule déterminée s'est massée rue Rouget-de-l'Isle à Nîmes, créant un vacarme impressionnant au son des casseroles frappées à coups de cuillères. Venant de Beaucaire, d'Aimargues et de nombreuses écoles publiques nîmoises, ces familles et professionnels de l'enseignement expriment leur inquiétude face à la dégradation annoncée des conditions d'enseignement.
Ludivine, 37 ans, venue spécialement de Beaucaire, s'inquiète pour sa fille cadette Eléna, âgée de 7 ans. "La seule fenêtre d'ouverture vers le monde extérieur, et notamment vers la culture pour la plupart des enfants de notre quartier, c'est justement leur école !", complète Sabrina, maman d'un petit garçon scolarisé en CE1 à l'école Bruguier.
62 classes menacées dans le premier degré
Le projet de carte scolaire prévoit la suppression de 62 classes au total dans le premier degré à l'échelle de tout le département. Une annonce qui suscite l'incompréhension et la colère, particulièrement dans les quartiers déjà fragilisés.
Gaëlle Hinfray, enseignante à l'école Georges-Bruguier au Chemin-Bas, témoigne avec émotion des conditions difficiles dans lesquelles elle exerce. "Dans notre école, ce sera a priori une classe en moins à la rentrée prochaine ! Or, l'argument avancé à l'échelle nationale d'une baisse démographique ne tient pourtant pas au niveau de notre établissement", explique-t-elle avec véhémence.
L'enseignante rappelle un épisode traumatisant survenu le 8 février 2024, où elle s'était retrouvée confinée avec toute sa classe de CP dans un autocar pour échapper aux balles lors d'une sortie scolaire. "Ce jour-là, ça tirait dans tous les sens dans le quartier. Au-delà de s'inquiéter pour leur avenir, là, on avait vraiment eu peur... pour leur propre survie !"
Logique comptable contre besoins pédagogiques
À partir de 14 heures, une délégation intersyndicale d'élus du personnel de l'éducation nationale a été longuement reçue par le Directeur académique des services de l'Éducation nationale (Dasen), Christophe Mauny. L'objectif : évoquer au cas par cas les projets de suppression de classes.
Pascale Thoirey, cosecrétaire du syndicat enseignant FSU 30, dénonce une logique purement comptable. "On vient là bien évidemment pour les dénoncer. Tout comme cette logique comptable selon laquelle la baisse de la démographie justifierait à elle seule de fermer des classes... Un raisonnement qui entre en opposition frontale avec les besoins pédagogiques qui, eux, augmentent considérablement".
La représentante syndicale souligne une contradiction majeure : "La baisse du nombre d'élèves pourrait constituer une vraie opportunité pour notre territoire : celle d'y améliorer concrètement les conditions d'apprentissage. Et de développer une école plus inclusive, adaptée aux besoins éducatifs particuliers de certains élèves".
Trois abandons mais 59 classes toujours menacées
Vers 18h30, à l'issue de cette rencontre entre services départementaux de l'éducation nationale et intersyndicale, trois projets de suppression de classes à Nîmes ont finalement été abandonnés. Il s'agit des écoles Bruguier, Rangueil et Mont-Duplan.
Mais la satisfaction est mitigée. "Non, nous ne parlons pas de victoire", a immédiatement commenté Pascale Thoirey, rappelant que 59 classes restent toujours menacées à l'échelle du département.
"Le projet ayant dans son ensemble été rejeté, nous sommes reconvoqués pour de nouvelles négociations la semaine prochaine", précise la cosecrétaire de la FSU30. La carte scolaire gardoise doit être définitivement adoptée le 17 avril par le conseil départemental de l'éducation nationale, laissant peu de temps pour trouver des solutions alternatives.
Les automobilistes, pour la plupart riverains de ce quartier comptant parmi les plus cossus de la ville, ont manifesté leur soutien par des coups de klaxon solidaires. Un signe que cette mobilisation dépasse les seuls cercles directement concernés pour toucher l'ensemble de la population gardoise, soucieuse de préserver la qualité de son enseignement public.



