Dépression adolescente : Mathieu Persan raconte le combat de sa fille
Dépression ado : le témoignage poignant de Mathieu Persan

Depuis la pandémie de Covid-19, le corps médical ne cesse d'alerter sur les difficultés d'accès aux soins en santé mentale pour les 18-24 ans. Entre douleur, culpabilité et espoir, l'illustrateur Mathieu Persan témoigne de la dépression de sa fille adolescente dans un roman graphique intitulé Le Passage.

Un constat alarmant sur la santé mentale des jeunes

Dans son rapport présenté le 15 avril 2026, la Fédération hospitalière de France (FHF) met en garde contre les difficultés d'accès massives aux soins pour les jeunes en souffrance psychique. Délais d'attente excessifs, pénurie de médicaments, errance médicale : les chiffres sont alarmants alors que la demande de soins en santé mentale ne cesse de croître, soulignant un impact particulièrement marqué chez les jeunes et les femmes. Entre 2019 et 2024, les hospitalisations pour tentative de suicide ont bondi de 16,6 %, avec des pics vertigineux chez les adolescentes : +118 % pour les 10-14 ans et +76 % pour les 20-24 ans en cinq ans.

Ces statistiques font écho au vécu de Mathieu Persan, auteur de nombreuses couvertures de livres. Dans son premier roman graphique, publié en mars 2026, Le Passage, il raconte à deux voix et en noir et blanc la dépression de sa fille et les difficultés de sa famille confrontée à un système de soins à bout de souffle.

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Pourquoi avoir choisi d'aborder ce sujet universel ?

Mathieu Persan explique : « C'est un sujet universel que je ne trouvais nulle part. La réalité d'un enfant malade, ce qu'il ressent vraiment, n'était pas racontée. J'ai la chance de pouvoir écrire et dessiner, alors je me suis lancé. Mon but était de ne surtout pas trahir sa parole, même si ce ne sont pas ses propres mots dans le récit, ce sont des interprétations. J'ai été un traducteur. Elle a été touchée de voir son histoire devenir une référence pour illustrer ce qu'elle vit. »

Il ajoute : « La dépression reste un tabou, assimilée à une faiblesse alors que c'est une maladie. On ne choisit pas d'être malade ! »

Un sentiment de solitude face à la maladie

Interrogé sur la phrase « J'aurais aimé qu'on me dise que ça allait secouer », il confie : « Tant qu'on ne l'a pas vécu, on ne peut pas imaginer ce que c'est. Il y a d'énormes progrès à faire en matière de prévention. Aujourd'hui, il n'y a pas de parcours de soins défini. On se sent démuni quand son enfant est incapable d'agir ou de marcher. Quand vous êtes à l'hôpital, c'est soit la pédiatrie soit la psychiatrie, entre les deux, il y a un bloc de patients, entre 12 et 20 ans, qui n'a pas de prise en charge adaptée. Sans parler des délais pour voir un spécialiste. »

La légitimité de la souffrance en question

La jeune fille dit : « Je ne comprends pas pourquoi je suis si triste, j'ai tout pour être heureuse. » À cela, son père répond : « C'est une interrogation fréquente qui pose la question de la légitimité de la souffrance. C'est difficile pour les malades vis-à-vis des autres. On ne peut pas hiérarchiser la souffrance ; il y aura toujours quelqu'un de plus gravement atteint que vous. La dépression reste un tabou, assimilée à une faiblesse, alors que c'est une maladie. On ne choisit pas d'être malade ! Le cerveau reste un organe qu'on connaît mal encore. Peut-être que dans quelques années, nous saurons enfin pourquoi la dépression frappe et comment mieux la soigner. »

Les multiples sens du titre « Le Passage »

Le titre du roman graphique revêt plusieurs significations. « Il y a d'abord l'idée de finitude : je refusais l'image d'un tunnel sans fin. C'est aussi la transition difficile de l'enfance à l'âge adulte. Enfin, c'est mon propre passage de parent, à 47 ans, qui a vu le monde changer de manière violente, avec des codes que nous n'aurons jamais. Notre adolescence n'avait rien à voir avec la leur. Tout a été redéfini par la technologie, on ne communique plus pareil. Ils ont traversé un confinement, le Covid. En tant que parent, on ne sait plus comment les rassurer dans un monde devenu hostile avec des guerres, des crises économiques, climatiques, la montée du nationalisme, etc. »

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Il poursuit : « Le contrat tacite de notre génération, 'travaille bien à l'école et tu auras un boulot' a été trahi. Je connais plein de bac +5 qui sont au chômage ou qui ne peuvent pas se loger. »

Santé mentale : des promesses non tenues ?

La santé mentale avait été déclarée grande cause nationale en 2025. Mais selon Mathieu Persan, les choses n'ont pas évolué. « Pas du tout, la preuve : elle est reconduite en 2026. On a lancé des spots pour identifier le mal-être, mais après ? Le parcours de soins n'existe pas ou plutôt, il est injuste. Quand on paie une séance de psy 60 euros, on n'a pas tous les moyens financiers pour ça toutes les semaines. Les centres médico-psychologiques (CMP) sont saturés et les délais sont trop longs, alors qu'un adolescent a besoin d'une aide immédiate pour ne pas sombrer. Nous sommes un pays riche qui soigne mal ses enfants. Il ne faut pas oublier que ces ados, ce sont eux qui seront aux affaires dans vingt ans. »

Quant à la nomination prochaine d'un délégué interministériel à la santé mentale, annoncée par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, il se montre sceptique : « On ne peut que se réjouir d'une nomination. Je pense malheureusement que cela ne changera rien. Il faudrait un engagement politique fort. À nous de nous battre, de faire entendre la voix des enfants et des soignants pour que ce sujet devienne central pendant la campagne présidentielle qui s'annonce. »

Un espoir de faire bouger les lignes

Mathieu Persan espère que son livre contribuera à changer les mentalités. « On a toujours cet espoir. Rendre ces malades visibles est une étape vers la guérison. J'ai déjà des retours de malades qui m'affirment : 'C'est la première fois qu'on raconte les choses telles que je les vis.' Ou des parents qui se sentent moins seuls. Les médecins me disent qu'ils ont un aperçu de ce qu'il se passe pour la famille en dehors du cabinet. Si ce livre devient un outil pour parler de la dépression chez les adolescents, ce sera déjà bien. »

Un engagement solidaire

L'intégralité des droits d'auteur du livre sera reversée à des associations œuvrant pour la santé mentale des jeunes. Une évidence pour Mathieu Persan, auteur de l'affiche « Restez à la maison », devenue virale pendant le Covid. Une question morale également pour l'illustrateur indépendant qui a travaillé pour Guillaume Musso ou Benjamin Biolay : « Je ne veux pas faire commerce d'un drame, confie-t-il. Les associations sont vitales au sein d'hôpitaux en manque de moyens. Elles permettent d'organiser des sorties et des activités pour aider vers la guérison. »

Le Passage, de Mathieu Persan, éd. Hachette, 256 p., 19,95 €.