L'épreuve du combattant parental
Je ne ressens aucune fierté particulière, mais je n'éprouve pas non plus de regrets. L'expérience Parcoursup n'a pas éveillé en moi que des sentiments nobles, bien au contraire. Je dois admettre que j'ai parfois délibérément omis de partager, même avec mes proches, certaines astuces glanées çà et là. J'étais convaincue que ces informations pouvaient faire la différence décisive avec les autres élèves, devenus par définition les rivaux détestables de mon fils de 17 ans en terminale.
La découverte de la case mystérieuse
Ce fut particulièrement vrai lorsque je découvris ce que j'ai baptisé la « case secrète » de Parcoursup. Son existence reste méconnue de la plupart des candidats et de leurs parents, qui en font souvent un usage limité, à tort. Maintenant que j'ai survécu à cette épreuve du combattant - académique, épistolaire, informatique et administrative - je me surprends à éprouver une jouissance presque malsaine en observant les parents qui doivent à leur tour endurer ce supplice.
J'aborde la rentrée actuelle avec sérénité, l'ouragan étant désormais loin derrière moi. Mon fils, bachelier depuis juillet, est maintenant un étudiant « casé » ayant commencé une formation où, je l'espère, il pourra s'épanouir pleinement.
Le début du cauchemar
Quelle aventure ! Longue, parfois désespérante, toujours incertaine. Tout a commencé dès les premiers jours de septembre 2024. Les charmants rituels de la rentrée, dont on pressent déjà avec nostalgie qu'ils seront les derniers - comme l'achat des fournitures scolaires ou la découverte des emplois du temps - sont rapidement éclipsés par le sujet obsessionnel de l'année : Parcoursup.
Je me souviens parfaitement de la première réunion parents-professeurs, qui faisait salle comble. Un silence religieux régnait, la concentration était maximale, les cahiers posés sur les genoux. Contrairement aux années précédentes, aucun parent retardataire essoufflé ne venait perturber la séance. Le directeur des études, encore légèrement bronzé, affichait un sourire rassurant.
Les faux-semblants de la réassurance
Pourtant, ses répétitions incessantes de « N'ayez strictement aucune inquiétude, tout va très bien se passer » me semblaient suspectes. Il insistait sur le fait que le mode d'emploi, présenté dans un PowerPoint complexe, serait mis en ligne le soir même sur le site du lycée. En attendant, les parents photographiaient frénétiquement chaque diapositive avec leurs smartphones.
Il est important de souligner, pour leur rendre hommage, que les parents qui vivront passionnément l'épopée Parcoursup tout au long de l'année sont, dans leur écrasante majorité, des femmes. La charge mentale a clairement choisi son camp.
La descente aux enfers
Le PowerPoint nous rassurait quelque peu. On y décrivait le site Parcoursup comme « remarquablement bien fait et bourré d'informations », son fonctionnement paraissait enfantin, et les dates clés étaient soulignées en rouge. Tout semblait assez intuitif finalement. Faire un vœu évoquait quelque chose de poétique, comme les étoiles filantes des nuits d'été.
C'est à ce moment précis que le directeur des études nous projeta brutalement dans le cauchemar. Son sourire avait disparu lorsqu'il aborda l'absolue nécessité de choisir un ou deux « vœux airbag » lors de la validation des choix définitifs. De quoi s'agissait-il ? Il s'agit de candidater à des formations que l'enfant obtiendra facilement, presque à coup sûr.
L'angoisse s'installe durablement
Car, précisait-il, certains bacheliers n'ayant choisi que des formations trop ambitieuses s'étaient retrouvés sans aucune proposition. Des frissons d'effroi parcoururent l'assemblée parentale. Le vœu airbag - le nom était bien choisi - visait à éviter le crash scolaire. Ainsi, mon fils risquait l'accident scolaire, la sortie de route, la catastrophe éducative.
L'angoisse s'installa pour de bon. Et nous n'étions que le 12 septembre. Commença alors une longue phase de discussions, plus ou moins tendues, avec l'enfant concernant son « projet d'orientation », un concept encore très vague pour le jeune concerné.
La transformation en mère obsessionnelle
La deadline absolue du jeudi 13 mars 2025 approchait menaçante. Les deux mois précédents furent les plus intenses. Je l'avais anticipé en refusant tout déplacement professionnel dès la mi-janvier. L'information était le nerf de la guerre, et je passai en mode « maman obsessionnelle ».
Je me mis à interroger systématiquement chaque interlocuteur professionnel, de tous âges et métiers, ayant été en contact avec ce monstre administratif. « J'ai une amie qui a une amie dont le beau-frère connaît un professeur de droit qui lui a révélé... »
La révélation de la case décisive
C'est au cours de ces « interviews Parcoursup » que j'obtins l'information du siècle. Une source fiable me révéla l'existence d'un mode d'emploi caché. Il existait une case secrète qu'il fallait absolument remplir. Plus besoin de transpirer sur la rédaction des obligatoires « projets de formation motivés » forcément enjolivés, ni des « expériences professionnelles » forcément incroyables du futur bachelier.
Ces éléments, m'assura mon informatrice, seraient lus en diagonale par l'algorithme ou les professeurs, voire pas du tout. En revanche, si la « case secrète » était judicieusement remplie... Voilà le secret.
Le mystère enfin élucidé
La case secrète ? Mais qu'est-ce que c'était exactement ? Cette case, pouvant contenir jusqu'à 1 500 caractères, s'appelait « Éléments liés à la scolarité ». Sa dénomination d'une banalité affligeante dissuadait de nombreux candidats de s'y intéresser. Pourtant, on me révéla que le texte qu'elle contenait était décisif dans l'appréciation d'un dossier de candidature !
J'épuisai plusieurs jours et de nombreuses nuits à réfléchir aux phrases magiques célébrant ma progéniture que je devais insérer dans cet espace si discret. Je ne saurai jamais si « Éléments liés à la scolarité » a véritablement changé le destin de mon fils. Avec le recul, je souris en repensant à ma folie passagère. Mais, j'en suis la preuve vivante, on peut survivre à Parcoursup.



