Une vague sismique démographique menace l'école française : 1,7 million d'élèves en moins d'ici 2035
Écoles françaises : 1,7 million d'élèves en moins d'ici 2035

Une vague démographique sans précédent frappe l'école française

Les établissements scolaires publics et privés sous contrat en France devraient connaître une diminution massive de leurs effectifs dans les années à venir. Selon des projections officielles du ministère de l'Éducation nationale publiées mardi, ces écoles, collèges et lycées perdront près de 1,7 million d'élèves d'ici 2035, ce qui représente une baisse considérable de 14% du nombre total d'élèves.

Un défi territorial d'ampleur nationale

Le ministre de l'Éducation, Edouard Geffray, a qualifié cette évolution de « vague sismique » qui va nécessiter de repenser fondamentalement « l'offre scolaire sur le territoire à long terme ». Dans un entretien accordé au Parisien, le ministre a souligné que « tout le système éducatif va être impacté » par ce « mouvement extrêmement ample qui touchera tout le territoire », malgré des « disparités nationales assez fortes ».

Ces projections, élaborées par le service statistique du ministère, se fondent principalement sur des hypothèses de fécondité qui prévoient une diminution structurelle du nombre d'enfants en âge scolaire. Le ministre a précisé que si « l'année prochaine encore, on ne fermera aucune école sans l'accord du maire », « compte tenu de ces chiffres, ce principe a vocation à se conjuguer différemment » à l'avenir.

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Des solutions adaptées aux différents territoires

La réponse à ce défi démographique devra être différenciée selon les contextes territoriaux. Edouard Geffray a expliqué que « dans les territoires ruraux, il peut y avoir des regroupements pédagogiques intercommunaux », tandis qu'« en milieu urbain, il va falloir s'interroger sur le maillage » scolaire.

La situation est particulièrement préoccupante à Paris, où le « maillage d'écoles, de collèges et de lycées extrêmement dense » va devoir s'adapter à une perte de 30% de ses élèves en dix ans. Cette évolution rapide impose une réflexion urgente sur l'organisation spatiale des établissements scolaires dans la capitale.

La question sensible des postes d'enseignants

Ces projections démographiques alimentent un débat intense sur l'avenir des postes d'enseignants. Pour la rentrée 2026, 4.000 suppressions de postes d'enseignants, tous secteurs confondus (public et privé), sont déjà programmées, suscitant des mobilisations sur tout le territoire depuis plusieurs semaines.

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré, met en garde contre l'utilisation de ces projections comme « alibi » à « une loi de programmation pluriannuelle de suppressions de postes ». Elle souligne qu'« on ne peut pas suivre aveuglément la boussole démographique », notamment en raison des « inégalités sociales », de la complexification du métier d'enseignant et du « besoin de plus d'adultes auprès de la jeunesse ».

Cette position est renforcée par le contexte des départs à la retraite massifs dans la profession. Selon une étude de la Dares de 2025, il faudra remplacer 300.000 professeurs qui partiront à la retraite « d'ici 2030 », ce qui représente un défi de recrutement considérable indépendant des évolutions démographiques.

Des perspectives divergentes pour l'avenir

Aurélie Gagnier, secrétaire générale du SNUipp-FSU, premier syndicat du primaire, propose une vision alternative. Elle estime que ne pas supprimer de postes permettrait de « faire baisser le nombre d'élèves par classe », améliorant ainsi les conditions d'apprentissage. En cas de « fermeture inévitable » d'établissements, elle préconise un redéploiement des enseignants vers l'enseignement spécialisé (RASED).

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Face à ces positions syndicales, le ministre Edouard Geffray maintient sa ligne. Il a affirmé au Parisien que ne pas supprimer de postes reviendrait à « repousser les ennuis pour mes successeurs ». Le ministre a donné rendez-vous aux syndicats le 21 avril pour une première réunion de concertation sur ces questions cruciales pour l'avenir de l'école française.

Cette vague démographique sans précédent pose des défis majeurs à l'ensemble du système éducatif français, nécessitant des arbitrages difficiles entre rationalisation des moyens et maintien de la qualité du service public d'éducation. Les décisions prises dans les prochains mois dessineront le visage de l'école française pour les décennies à venir.