Le chèque éducation américain, une solution pour la crise scolaire française ?
Chèque éducation américain : une piste pour l'école française

Les États-Unis adoptent une loi fédérale sur le chèque éducation

En juillet 2025, sous l'impulsion du président Donald Trump, les États-Unis ont adopté la loi intitulée "One Big Beautiful Bill Act". Cette législation, qui doit entrer en vigueur en 2027, met en œuvre un programme fédéral de chèque éducation. Cette décision intéresse particulièrement la France, alors que de nombreux collégiens présentent des lacunes en lecture et en expression écrite, et que l'Éducation nationale éprouve des difficultés croissantes à recruter des enseignants.

La crise du système éducatif français se manifeste également par la chute des élèves dans les classements internationaux. Le chèque éducation, déjà appliqué dans des pays comme la Suède, pourrait constituer une réponse à cette situation préoccupante.

Les origines intellectuelles du chèque éducation

Plutôt que d'accuser uniquement les pédagogues, le manque de moyens ou la dégradation de la qualité des enseignants, certains économistes analysent la crise de l'éducation comme la conséquence d'un monopole étatique. Actuellement, les parents paient via l'impôt pour l'école de leurs enfants sans avoir véritablement le choix. Ils supportent ainsi une double charge : une contribution à l'État et des frais supplémentaires s'ils optent pour une école privée, alors même que les enseignants du privé sous contrat sont rémunérés par l'impôt.

C'est contre ce système et ses effets délétères que Milton Friedman, dans son ouvrage Capitalisme et liberté, a défendu le chèque éducation, rejoignant ainsi une longue tradition de penseurs de Thomas Paine à John Stuart Mill.

Le fonctionnement du chèque éducation

Affirmer que l'État doit financer l'éducation ne signifie pas nécessairement qu'il doive également fixer les programmes et choisir l'école à la place des parents. Sous un régime de chèque éducation, les parents sélectionnent l'établissement où ils inscrivent leurs enfants, qu'il s'agisse d'une école publique ou privée. L'État verse alors directement la somme à l'école choisie ou aux parents, qui paient ensuite l'établissement de leur choix pour la formation de leurs enfants.

Cette politique vise à renforcer la liberté de choix des parents, à promouvoir la concurrence scolaire et à permettre aux familles modestes d'accéder à l'école privée. Les opposants craignent cependant la disparition des écoles publiques, l'aggravation de la pauvreté et l'accentuation des phénomènes de ségrégation.

L'expansion progressive du chèque éducation

Initialement, seule la ville de Milwaukee, dans le Wisconsin aux États-Unis, utilisait le chèque éducation à partir de 1989 pour les étudiants à faible revenu. Par la suite, de nombreux États républicains ont adopté des mesures similaires, ciblant soit les familles à bas revenu, soit les élèves handicapés, soit les enfants vivant dans des zones difficiles.

C'est après la crise du Covid que le chèque éducation universel a véritablement émergé et s'est implanté dans plusieurs États. Avec la "One Big Beautiful Act", cette politique devient fédérale, chaque État ayant la liberté de la mettre en œuvre ou non sous forme d'impôt négatif (crédit d'impôt).

Pour bénéficier de ce crédit d'impôt, le revenu du ménage ne doit pas dépasser 300% du revenu médian. Lorsqu'une association reçoit un don d'un ménage, ce dernier est remboursé par le fisc. L'argent est versé à l'association éligible, qui peut alors proposer des bourses pour le transport, la réduction des frais d'inscription ou le paiement de tutorats.

Cette décision conforte tous les États ayant déjà mis en œuvre le chèque éducation et offre une nouvelle source de financement aux parents souhaitant scolariser leurs enfants dans le privé. En Europe, les Pays-Bas, la Pologne, la Suède (depuis 1992) et le Royaume-Uni ont été précurseurs. Des pays comme le Chili (depuis 1980), la Colombie, le Bangladesh, le Guatemala, Belize ou le Lesotho ont également choisi ce mode de financement du service public d'éducation.

Des résultats encourageants selon les études

De nombreux économistes ont cherché à évaluer les conséquences de la mise en œuvre du chèque éducation. Une première évaluation menée par la Banque mondiale en 1996 concluait qu'aucun des méfaits anticipés par les opposants n'était observable dans les pays ayant adopté cette mesure.

En 2017, une nouvelle revue de la littérature écartait à nouveau les principales craintes des opposants et montrait des effets légèrement positifs sur le niveau des élèves, ainsi qu'une amélioration de la gestion des écoles publiques grâce à la concurrence. Les élèves de familles à bas revenus inscrits dans le privé obtenaient de meilleurs résultats que s'ils étaient restés dans le public, avec des comportements plus civiques et une meilleure culture générale. Aucun effet négatif n'a été constaté sur le niveau des élèves demeurant dans le public.

Il a également été observé que la plupart des familles américaines utilisant le chèque éducation pour le privé avaient déjà choisi cette option pour leurs enfants. Le dispositif répond donc aux attentes de ceux qui ne sont pas favorables à l'école publique mais n'ont pas les moyens de financer le privé.

L'exemple suédois : un cas d'école

La Suède, qui a mis en place un système de chèque éducation universel en 1992, offre un recul intéressant sur les conséquences à court, moyen et long terme d'une telle politique. Elle a été instaurée dans un contexte de forte augmentation des coûts des écoles publiques et de baisse du niveau des élèves, situation proche de celle que connaît actuellement la France.

En quelques années, la Suède a transformé un système éducatif centralisé et sectorisé en un système plus ouvert et flexible, mieux adapté aux attentes des parents. Trois décennies plus tard, le nombre d'écoles privées a considérablement augmenté, témoignant d'une demande réelle.

En 1992-1993, seulement 1% des élèves du primaire et 1,7% des élèves du deuxième cycle du secondaire étaient inscrits dans le privé. Pour l'année scolaire 2022-2023, ces chiffres atteignaient respectivement 16,2% et 31,2%. Si le poids du privé a augmenté, la majorité des parents sont restés fidèles à l'école publique.

L'offre pédagogique s'est grandement diversifiée, avec plusieurs méthodes d'enseignement, des cours dans différentes langues ou des enseignements religieux approfondis. Les résultats scolaires se sont améliorés, les élèves du privé obtenant de meilleurs performances sans biais de sélection évident. La croissance des coûts de l'éducation a été limitée par rapport à la tendance pré-1992, et la violence a diminué dans les établissements secondaires du deuxième cycle.

Un débat politique clivant

Ces résultats, bien que discutables et perfectibles, expliquent pourquoi de plus en plus de pays expérimentent le chèque éducation à différents niveaux. La trajectoire suédoise, dont le système éducatif en 1992 était très proche du modèle français, pourrait inciter la France à envisager une telle réforme.

Généralement, ce sont les partis de droite qui portent ce choix politique. En Suède, la droite a affronté les critiques de la gauche, acceptant le risque de la réforme et de la stigmatisation morale pour sortir du statu quo. À son retour au pouvoir, la gauche suédoise, obligée de reconnaître les résultats positifs, n'a pas remis en question le chèque éducation.

Le débat reste vif entre partisans d'une plus grande liberté de choix et défenseurs d'un service public unifié, alors que la France cherche des solutions à sa crise éducative.