L'établissement catholique Notre-Dame de Bétharram, situé à Lestelle-Bétharram (Pyrénées-Atlantiques) et au cœur d'un vaste scandale de violences physiques et sexuelles, fermera définitivement ses portes à l'été 2025, a annoncé la direction ce vendredi. Les quelque 200 élèves scolarisés sur le site historique seront transférés sur un autre site de l'institution, à quelques kilomètres de là.
Une décision prise après des mois de crise
La fermeture du site de Bétharram, qui accueillait des élèves de la sixième à la terminale, intervient après des mois de turbulences. Depuis la révélation des affaires de violences, l'établissement a vu ses effectifs fondre : ils sont passés de 350 élèves en 2020 à environ 200 aujourd'hui. La direction évoque "des difficultés financières insurmontables" et "une nécessité de repartir sur des bases saines".
Les élèves seront accueillis à la rentrée 2025 sur le site de l'Institution Notre-Dame de Bétharram à Pau, qui regroupe déjà des classes de la maternelle au lycée. "Nous avons travaillé avec les familles et les équipes éducatives pour assurer une transition dans les meilleures conditions", a déclaré le directeur de l'établissement, Philippe Rivière, dans un communiqué. Les enseignants et le personnel seront également redéployés sur le site palois.
Un scandale qui a ébranlé l'institution
L'affaire Bétharram a éclaté en 2023, lorsque d'anciens élèves ont porté plainte pour des faits de violences physiques et sexuelles commis par des membres de la congrégation des Prêtres du Sacré-Cœur de Bétharram, qui gérait l'établissement. Selon le parquet de Pau, une soixantaine de plaintes ont été déposées, et plusieurs anciens religieux ont été mis en examen, notamment pour viols et agressions sexuelles sur mineurs.
Le scandale a provoqué une onde de choc dans le monde catholique et au-delà. "C'est une page douloureuse qui se tourne, mais nécessaire pour que justice soit rendue et que les victimes puissent avancer", a commenté Me Corinne Lepage, avocate de plusieurs plaignants. L'Église de France a exprimé sa "honte" et sa "douleur" face à ces actes.
Les conséquences pour les élèves et les familles
Les familles des élèves ont été informées de la fermeture lors d'une réunion organisée ce vendredi. Certaines expriment leur inquiétude. "Mon fils est en seconde, il devra changer de cadre, de professeurs, c'est perturbant", témoigne une mère d'élève. D'autres voient dans cette fermeture une opportunité de tourner la page. "Ce lieu est devenu toxique. Il vaut mieux repartir ailleurs", estime un père de famille.
Le site de Lestelle-Bétharram, qui comprend un internat, des salles de classe et une chapelle, devrait être vendu. La direction n'a pas précisé l'usage futur des bâtiments, mais des sources locales évoquent un possible rachat par une collectivité ou un promoteur immobilier.
Un précédent dans l'enseignement catholique
La fermeture d'un établissement catholique historique pour des motifs de scandale est rare. En 2020, le collège Saint-Louis de Gonzague à Paris avait connu une crise similaire après des révélations de violences, mais l'établissement avait survécu grâce à une restructuration. Selon le sociologue Jean-Pierre Delaunay, spécialiste de l'enseignement privé, "cette fermeture est un signal fort. Elle montre que les congrégations religieuses ne peuvent plus compter sur l'omerta pour protéger leur image".
L'institution Notre-Dame de Bétharram, fondée en 1830, compte aujourd'hui près de 2 000 élèves sur ses différents sites. La direction assure que la poursuite de la mission éducative est une priorité. "Nous devons reconstruire la confiance avec les familles et la société", a conclu Philippe Rivière.



