Breil-sur-Roya : une semaine de mobilisation contre la fermeture d'une classe maternelle
Breil-sur-Roya : mobilisation contre la fermeture d'une classe maternelle

Une semaine de colère à Breil-sur-Roya pour sauver une classe maternelle

Ce jeudi 9 avril 2026 marquait le cinquième jour consécutif de mobilisation à Breil-sur-Roya, dans la vallée de la Roya. Depuis l'annonce de la suppression d'une classe de maternelle par l'Inspection académique le mercredi 1er avril, l'association des parents d'élèves a élu domicile devant l'école, bloquant son accès en début de matinée et organisant des actions quotidiennes pour protester contre cette décision.

Une décision jugée "injuste et incompréhensible"

Devant le portail de l'école maternelle, les pancartes "Non à la fermeture" et "Touche pas à ma classe" témoignent de l'exaspération des manifestants. Une enseignante, dont le poste risque d'être supprimé à la rentrée prochaine, exprime son incompréhension : "C'est une décision complètement injuste et incompréhensible. On passera à des classes de 25 enfants, ce n'est pas du tout adapté aux réalités de notre village." Elle ajoute, faisant référence aux difficultés récentes de la commune : "Il y a eu la tempête Alex, et là c'est un nouveau coup dur."

Une de ses collègues complète : "Aujourd'hui, on peut avoir un accompagnement personnalisé, notamment pour les enfants allophones. Demain, ce ne sera plus le cas. Enseigner pour 19 ou 25 enfants, ça n'a rien à voir."

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Des spécificités locales ignorées selon le maire

Le maire Sébastien Olharan insiste sur les particularités de sa commune : "Ici, on a 8,5% des élèves dont le français n'est pas leur langue maternelle. À la rentrée prochaine, on aura huit élèves en situation de handicap qui n'ont pas les accompagnements dont ils ont besoin. Il nous faut des effectifs réduits."

L'élu rappelle qu'actuellement, avec 20 élèves par classe, l'école se situe dans la moyenne des communes rurales éloignées (20,2 dans le département). Avec une classe en moins, les effectifs grimperaient "bien au-dessus de communes rurales en France et dans le département".

Il dénonce également la rupture d'un engagement pris lors de la fusion des écoles du village dans le cadre du dispositif Territoire éducatif rural : "On nous avait assuré qu'il n'y aurait pas de fermeture pendant toute la durée du programme. Cette décision fragilise la confiance et la dynamique engagée depuis plusieurs années."

Un changement de logique préoccupant

Derrière cette suppression, le maire perçoit un changement de logique : un poste de classe serait remplacé par un dispositif itinérant pour les élèves allophones (UPE2A). "Un accompagnement ne remplacera jamais une classe, surtout que le poste d'UPE2A n'interviendra pas seulement sur notre commune", explique-t-il, précisant que des dispositifs d'accompagnement existent déjà.

Le directeur de l'école, Laurent Moro, partage cette inquiétude. Il souligne que les effectifs scolaires devraient augmenter significativement : "On va passer de 145 à 161 élèves l'année prochaine sur les deux écoles. Et on apprend encore des arrivées !" Il craint que cette fermeture ne vienne casser une dynamique positive, portée par d'importants investissements communaux dans les bâtiments scolaires ces dernières années.

L'avenir du territoire en jeu

Au-delà des murs de l'école, c'est l'avenir du territoire qui inquiète les habitants. Alexis, un jeune père, redoute un effet domino : "On peut comprendre que des jeunes couples ne souhaitent plus s'installer ici. J'y vois une fatalité, car on voit les répercussions. Le taux de bacheliers est bien moins élevé ici qu'à Nice ou Menton."

Patricia, mère de cinq enfants et enceinte d'un sixième, exprime sa colère : "La décision brise l'avenir de nos enfants. J'ai peur que le niveau ne régresse. À ces âges, chaque classe et enfant a ses besoins propres. Les professeurs ne pourront pas être sur tous les fronts."

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Une mobilisation qui s'intensifie

Face à cette décision, les parents se sont organisés. Ce jeudi matin, certains se sont attachés avec une corde devant le portail cadenassé pour marquer leur détermination. Ingrid Billon, présidente de l'Association des parents d'élèves, affirme : "On veut garder notre maternelle, on ne lâchera rien. On est prêt à tout, et on gardera notre position tant que possible."

Elle craint pour l'avenir : "On perd une classe aujourd'hui, dans cinq ans ce sera peut-être l'école. On le voit avec le collège, on est passé de deux classes par niveau à une. Finalement, c'est tout le village qui va en pâtir."

La mobilisation se poursuit ce vendredi 10 avril avec une manifestation prévue devant le rectorat de Nice, où syndicats et élus rendront un avis consultatif sur cette décision. Les parents de la vallée de la Roya, dont ceux de Sospel où une classe maternelle est également menacée, comptent bien faire entendre leur voix avant la décision finale officielle.