Adolescence et conformisme social : comprendre et accompagner les jeunes
Adolescence et conformisme : comment accompagner les jeunes

Pourquoi les adolescents veulent-ils tant ressembler aux autres ?

L'adolescence constitue une période cruciale d'émancipation et de construction identitaire, où les jeunes cherchent naturellement à s'affranchir du cadre familial. Mathieu Cassotti, professeur de psychologie du développement à l'université Paris Cité et coauteur de C'est (pas) moi, c'est mon cerveau !, souligne que « les ados explorent activement leurs relations amicales pour partager des centres d'intérêt au sein d'un groupe social distinct de celui de leurs parents ».

Le conformisme social : une nécessité relationnelle

Ce processus d'adaptation au groupe n'a rien de problématique en soi. Le conformisme social représente même une clé essentielle de notre capacité à vivre en société. « Il faut cesser de porter un jugement moral sur ce phénomène », insiste Mathieu Cassotti. « Grâce au conformisme, nous assimilons des normes positives comme le respect des lois ou la politesse. D'ailleurs, il est illusoire de croire que l'on peut vivre sans aucune influence ; même l'anticonformisme répond à une norme spécifique. »

Néanmoins, l'influence du groupe de pairs présente un double visage chez les adolescents comme chez les adultes. Elle peut orienter vers des attitudes positives comme vers des comportements risqués ou chaotiques.

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Quatre conseils pour accompagner les adolescents

Conseil n°1 : développer la conscience critique

L'enjeu principal consiste à apprendre à prendre du recul lorsque nécessaire, c'est-à-dire à détecter quand le groupe exerce une influence négative pour pouvoir s'en dégager. Plutôt que de reprocher à un adolescent d'« agir comme un mouton », il est préférable de lui expliquer les mécanismes du conformisme social et la manière dont nous y sommes soumis, particulièrement durant l'adolescence.

« Le besoin d'appartenance sociale est si intense à cette période que la peur d'être exclu du groupe de pairs devient immense », analyse Mathieu Cassotti. « Cette crainte pousse les ados à adopter les mêmes goûts musicaux ou à rechercher des points communs avec leurs amis. »

Le problème survient lorsque certains adolescents sont prêts à tout pour minimiser ce risque d'exclusion. Sous la pression réelle ou supposée du groupe, ils peuvent adopter des comportements problématiques :

  • Consommation excessive d'alcool
  • Conduite imprudente
  • Participation à des défis dangereux

Conseil n°2 : clarifier les valeurs personnelles

Pour parvenir à fixer des limites et remettre en question les normes imposées par le groupe, un adolescent doit d'abord être au clair avec ses propres valeurs et lignes rouges. « Il est essentiel d'engager un dialogue sur cette question pour que le jeune sache ce qu'il souhaite défendre et puisse l'exprimer clairement », suggère Mathieu Cassotti.

Cette clarification peut faire la différence dans des situations sensibles comme le harcèlement scolaire, où la dynamique de groupe joue un rôle crucial. Si un élève, au nom de l'empathie, du respect ou du rejet de la violence, sort du silence pour s'opposer au groupe, un renversement de situation devient possible.

« Quand on affirme ses valeurs, on augmente ses chances de trouver des alliés pour les partager », remarque l'expert. « La résistance devient alors plus facile. » De plus, les normes que l'on croit dominantes méritent toujours d'être interrogées : agissons-nous vraiment par conviction ou par croyance erronée de ce que les autres attendent ? Susciter cette réflexion aide à déconstruire les représentations limitantes.

Conseil n°3 : encourager l'affirmation de soi

S'émanciper du regard des autres nécessite une compétence spécifique : savoir dire non avec assurance et assumer sa différence. Jean-Christophe Seznec, médecin psychiatre et auteur de Lettres d'un père à son ado, utilise une métaphore éclairante : « L'adolescence ressemble à la danse classique : il faut d'abord maîtriser les règles avant de pouvoir s'en extirper pour exprimer sa singularité. »

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Il ne faut donc pas confondre l'importance d'intégrer une communauté et d'y développer des liens avec l'asservissement à cette communauté. Cette capacité à s'affirmer peut se cultiver en famille. « L'affirmation de soi doit être encouragée chez l'adolescent en ne la réprimant pas systématiquement », souligne Mathieu Cassotti.

« Lorsqu'un ado exprime un désaccord, on a trop souvent tendance à le renvoyer à son statut en lui signifiant que ce n'est pas à lui de décider. L'idée n'est pas de lui donner carte blanche sur tout, mais s'il défend des idées, peut-être pouvons-nous l'écouter davantage, considérer ses arguments et l'encourager à les exprimer. »

Conseil n°4 : diversifier les sources de valorisation

L'approbation sociale constitue un carburant indispensable pour l'estime de soi des adolescents. Quand un jeune dispose de peu de sources de valorisation – en raison de mauvaises notes, de critiques répétées ou de blâmes constants – il investit davantage son groupe de pairs. Faire rire ses amis, les impressionner ou obtenir des likes sur les réseaux sociaux prend alors une importance démesurée.

D'où l'importance cruciale d'élargir son horizon. « Pour se construire, un adolescent a besoin d'espaces tiers, de "zones" où il peut être lui-même différemment », remarque Jean-Christophe Seznec. « Cela peut être :

  1. Une activité sportive
  2. Une pratique culturelle ou artistique
  3. Un projet collectif au sein du collège ou du lycée

Ces espaces lui permettent d'exprimer sa personnalité et son originalité tout en canalisant son énergie positivement. »

Ces alternatives offrent aux adolescents une image positive d'eux-mêmes sans qu'ils aient à rechercher à tout prix une validation sociale extérieure, parfois au prix de comportements risqués ou de compromis regrettables.