Depuis février 2026, le tribunal judiciaire de Bordeaux a accueilli un nouveau collaborateur très spécial : Varius, un golden retriever âgé de 2 ans, officie en tant que chien d'assistance judiciaire. Sa mission est d'accompagner les victimes mineures tout au long de la procédure, de l'instruction jusqu'au procès, afin de réduire leur stress, libérer leur parole et instaurer une atmosphère de travail plus sereine.
Un rôle apaisant contre la victimisation secondaire
La présidente du tribunal, Emmanuelle Perreux, explique que la procédure judiciaire peut être vécue comme une violence supplémentaire pour les victimes. « C'est ce qu'on appelle la victimisation secondaire : une personne a déjà subi des actes traumatisants, et on les lui fait revivre par des questions, des reconstitutions, en la confrontant à nouveau à son agresseur, en la plongeant dans le cadre intimidant de l'institution judiciaire. La présence d'un animal réduit ces sensations et facilite le travail des magistrats. »
Des témoignages émouvants
Emma Duclos, attachée de justice pour le pôle violences intrafamiliales, raconte une intervention marquante : « Il y a une dizaine de jours, Varius a joué un rôle précieux lors de l'audition d'un enfant de 6 ans qui avait peur de venir. Lors d'un premier rendez-vous, sans chien, il était très excité, il ne tenait pas en place, on avait dû arrêter l'entretien. La deuxième fois, il s'est couché au sol avec Varius et il a réussi à raconter ce qui lui était arrivé. »
Elle se souvient aussi d'une affaire de violences sexuelles devant la cour d'assises des mineurs où la victime elle-même a demandé la présence du chien à des moments clés du procès, comme pendant les plaidoiries des avocats et lors du rendu du verdict. « À un moment, la mineure est sortie de la salle d'audience parce que c'était trop dur pour elle, et Varius l'a suivie. Il avait compris que pendant ces trois jours de procès, c'était elle qui avait besoin de lui. »
Une capacité d'empathie exceptionnelle
Mathilde Marie, la procureure chez qui Varius réside lorsqu'il ne travaille pas, confirme son empathie hors du commun : « Il a une énorme capacité d'empathie, c'est une éponge. Après ces trois jours d'assises, il était épuisé parce que cette jeune fille a totalement décompensé. Le week-end qui a suivi ce procès, il l'a passé à dormir, alors que d'ordinaire, c'est un chien assez sportif. »
Pour préserver sa santé, sa présence au tribunal est limitée à douze heures par semaine, et son état est évalué quotidiennement. « Douze heures de travail, dans les faits, ça ne veut rien dire, analyse Emma Duclos. Une demi-heure chez le procureur peut être plus éprouvante que trois heures d'audience. »
Une initiative prometteuse
Ce dispositif, mis en place en partenariat avec l'association Handi'chiens, s'avère bénéfique. La France compte déjà une quarantaine de tribunaux dotés de chiens d'assistance judiciaire. « On fera un bilan après une année complète de collaboration », conclut la procureure, laissant envisager le recrutement d'un deuxième chien.



