Samuel Paty est devenu un martyr, et cela était prévisible. Pourtant, le débat autour de son assassinat a pris des proportions considérables, dépassant les simples commémorations. Certains ont avancé des raisonnements embarrassants, suggérant que Paty aurait manqué à ses devoirs implicites vis-à-vis de la laïcité, en montrant des illustrations inappropriées à ses élèves. Ces arguments, fondés sur des approximations et des mensonges, n'ont pas trouvé leur public.
Une bataille quotidienne et existentielle
Après la publication du livre Le Cours de monsieur Paty de Mickaëlle Paty, écrit avec Émilie Frèche, il n'est plus permis de douter. L'ouvrage révèle les lâchetés, les compromissions et la faillite morale de nombreux acteurs impliqués : professeurs, amis, membres de l'administration de l'Éducation nationale. L'exemplarité de Samuel Paty est devenue évidente, innocentant définitivement cette victime du terrorisme islamique.
Pourtant, le débat a continué, alors que d'autres professeurs étaient assassinés. La liste s'allongeait, rendant le déni impossible. Les professeurs sont en danger, et l'État n'assure pas leur protection. Samuel Paty est devenu le premier point d'interrogation d'une série de questions sans réponses. Une certitude demeure : la France est partout où elle est combattue. Il faut donc combattre.
Le rôle de la République
La République garantit la liberté, mais sa mission première est de donner un cadre harmonieux à la société, permettant une vie commune entre individus différents. Cela implique contrainte et points d'accord pour la pacification. L'école est le lieu central de cette organisation, formant des citoyens. Les professeurs sont l'avant-garde de cette bataille existentielle.
Les choix sont simples : soit les professeurs sont soutenus, préservés, sanctuarisés, soit leur mission doit être revue à la baisse, non par manque d'ambition mais par manque de moyens et de courage. La République doit décider qui elle est.
Accélération de l'Histoire
Aujourd'hui, le débat porte sur l'entrée au Panthéon de Samuel Paty. Le fait même de se poser la question constitue une réponse. Est-ce trop tôt ? La République ne décide pas du rythme de la France ; c'est la société qui le fait. La mémoire collective obéit à des évidences et à la spontanéité, qualités que les peuples possèdent.
La mort de Samuel Paty est une accélération de l'Histoire. Il est devenu protagoniste, symbole, puis point de ralliement. Une panthéonisation n'est pas une consolation, mais une affirmation. Celle de Samuel Paty serait la plus conséquente et significative depuis 2017. Quel meilleur héritage pour un président obsédé par le réarmement de la République ?
Cet acte ne relèverait ni de la gentillesse ni de la martyrologie, mais du combat et de la détermination. Sans individu pour les incarner, les idées restent gazeuses. Leur concrétisation passe par l'incarnation. Il s'agirait autant de reconnaissance que d'opportunité historique. Il n'est jamais trop tôt pour continuer la France.



