Le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a vivement réagi à une chronique de Guillaume Erner sur France Culture, appelant ses sympathisants à ne plus écouter la matinale de la radio publique. En réponse, le journaliste a répliqué en direct, accusant le député de vouloir censurer le débat.
Les faits : une chronique qui déclenche la colère
Mercredi 4 juillet 2026, lors de la matinale de France Culture, Guillaume Erner a présenté une chronique intitulée « La tentation autoritaire de Jean-Luc Mélenchon ». Il y évoquait notamment les récentes déclarations du leader insoumis sur la justice et les institutions, qu'il jugeait inquiétantes pour la démocratie. Selon Erner, Mélenchon aurait multiplié les attaques contre les contre-pouvoirs, en particulier la presse et la magistrature.
Quelques heures après la diffusion, Jean-Luc Mélenchon a posté un message sur X (anciennement Twitter) : « Guillaume Erner est un propagandiste. Je conseille à tous les auditeurs de ne plus écouter France Culture le matin. » Il a également qualifié la chronique de « diffamation » et annoncé son intention de saisir le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).
La réponse de Guillaume Erner en direct
Le lendemain, jeudi 5 juillet, Guillaume Erner a ouvert sa chronique en donnant lecture du tweet de Mélenchon. « Je prends acte de cet appel au boycott, mais je ne me tairai pas », a-t-il déclaré. Il a ajouté : « La liberté d'expression ne se négocie pas. Mon métier est de commenter l'actualité, pas de faire de la complaisance. » Erner a également rappelé que ses propos s'appuyaient sur des citations précises de Mélenchon, notamment lors de son meeting à Marseille le 20 juin, où ce dernier avait déclaré : « Les juges doivent obéir au peuple souverain. »
Le journaliste a souligné que la polémique intervient dans un contexte de tensions croissantes entre la gauche radicale et les médias. Il a cité plusieurs exemples d'attaques de La France insoumise contre des journalistes, dont le refus d'inviter certains médias lors de conférences de presse.
Réactions politiques et syndicales
La direction de France Culture a pris ses distances avec l'appel au boycott, tout en défendant le travail de ses journalistes. Dans un communiqué, la radio a affirmé : « France Culture est un espace de débat contradictoire. Guillaume Erner exerce son métier avec rigueur et indépendance. »
Du côté politique, les réactions sont contrastées. Le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a estimé que « Mélenchon franchit une ligne rouge en appelant au boycott d'un média public ». À l'inverse, plusieurs députés insoumis ont apporté leur soutien à leur leader, dénonçant un « traitement médiatique partial ». La députée Clémentine Autain a tweeté : « France Culture n'est pas neutre. Elle donne la parole aux mêmes experts libéraux. Le boycott est une forme de résistance. »
Le Syndicat national des journalistes (SNJ) a exprimé son inquiétude face à ces pressions. « Appeler au boycott d'un média, c'est attenter à la liberté de la presse », a déclaré son secrétaire général.
Un précédent dans le paysage médiatique
Cette polémique n'est pas sans rappeler d'autres appels au boycott lancés par des hommes politiques. En 2023, le député RN Sébastien Chenu avait appelé à ne plus regarder BFMTV après un reportage jugé défavorable. Plus récemment, en mars 2026, le polémiste Éric Zemmour avait encouragé ses partisans à boycotter Le Figaro après la publication d'une enquête sur son parti.
Pour les spécialistes des médias, cette stratégie vise à délégitimer les journalistes qui critiquent le discours politique. « C'est une tentative de contrôler le récit médiatique en créant un rapport de force », analyse le sociologue des médias Jean-Baptiste Legrand, interrogé par Le Monde. Selon lui, ces appels au boycott sont souvent suivis de campagnes de harcèlement en ligne contre les journalistes visés.
L'impact sur l'audience de France Culture
Pour l'instant, il est difficile de mesurer l'impact réel de l'appel de Mélenchon. France Culture revendique une audience stable, avec environ 2,5 millions d'auditeurs quotidiens en 2025 selon Médiamétrie. Cependant, les réseaux sociaux ont vu affluer des messages de soutien à Erner comme de critiques. Le hashtag #BoycottFranceCulture a été utilisé plus de 10 000 fois en 24 heures, tandis que #SoutienAErner a recueilli 8 000 mentions.
Guillaume Erner, de son côté, a conclu sa chronique par une formule qui a fait réagir : « La démocratie a besoin de médias libres. Boycotter un journaliste, c'est boycotter la démocratie. »



