Keir Starmer résiste aux appels à la démission malgré le scandale Mandelson-Epstein
Starmer refuse de démissionner malgré la crise Mandelson-Epstein

Keir Starmer s'accroche au pouvoir face à la tempête Mandelson-Epstein

« Après m'être battu si durement pour pouvoir changer notre pays, je ne suis pas prêt à partir ». Fort de l'appui de poids lourds de son gouvernement, le Premier ministre britannique Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, a répété lundi soir devant les députés travaillistes qu'il ne démissionnerait pas, malgré une crise de confiance et d'autorité inédite.

Une nomination controversée qui fragilise le gouvernement

La crise trouve son origine dans la nomination en décembre 2024 de Peter Mandelson comme ambassadeur aux États-Unis, un poste hautement stratégique avec le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Keir Starmer a dû le démettre de ses fonctions en septembre 2025 après la publication de documents détaillant l'ampleur des liens entre Peter Mandelson et le pédocriminel Jeffrey Epstein.

De nouveaux documents récemment rendus publics ont amplifié la polémique, semblant indiquer que Mandelson aurait transmis à Jeffrey Epstein des informations susceptibles d'influer sur les marchés, notamment lorsqu'il était ministre entre 2008 et 2010. La police a ouvert une enquête et a perquisitionné vendredi à deux adresses liées à Peter Mandelson.

Des soutiens gouvernementaux mais des démissions stratégiques

Lundi, Anas Sarwar, le chef du Labour en Écosse, un bastion du parti travailliste, s'est joint aux appels à la démission de Starmer, jusque-là cantonnés à l'opposition et quelques députés travaillistes. « Il faut mettre fin à ce sujet de distraction, la direction de Downing Street doit changer », a déclaré Anas Sarwar.

Mais plusieurs poids lourds du gouvernement - dont la ministre des Finances Rachel Reeves, celle des Affaires étrangères Yvette Cooper et le ministre de la Justice David Lammy - ont ensuite publiquement apporté leur soutien à Keir Starmer sur les réseaux sociaux. Le Premier ministre a ensuite été dans la soirée applaudi par le groupe parlementaire travailliste, selon les médias britanniques.

Ces soutiens n'ont cependant pas empêché des démissions importantes : le directeur de la communication Tim Allan a annoncé sa démission, moins de 24 heures après celle du chef de cabinet Morgan McSweeney, sur la sellette pour avoir recommandé la nomination de Peter Mandelson.

Un contexte électoral tendu

Ces démissions sont venues fragiliser davantage la position de Keir Starmer, à 15 jours d'une élection législative partielle dans le nord-ouest de l'Angleterre, et à trois mois d'élections locales à haut risque pour le Labour. Le parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage, en tête dans les sondages, représente une menace sérieuse.

Starmer a d'ailleurs souligné vouloir empêcher l'arrivée au pouvoir de Reform UK, car sinon « ils vont diviser, diviser, diviser, et cela déchirera le pays ». Nigel Farage a lui aussi appelé Starmer à démissionner lundi lors d'un meeting à Birmingham, affirmant que son parti était « en ordre de bataille pour des élections générales ».

Des excuses mais pas de démission

Keir Starmer tente depuis d'éteindre le scandale, sans succès. Il a d'abord dit regretter d'avoir nommé Peter Mandelson. Puis présenté ses excuses jeudi auprès des victimes du pédocriminel, mort en prison en 2019, se disant « désolé d'avoir cru aux mensonges de (Peter) Mandelson ». Tout en insistant sur sa volonté de rester à Downing Street.

Des opinions partagées dans la population

S'il reste très impopulaire, certains Britanniques semblent cependant aussi redouter le chaos politique. « Je ne crois pas qu'il devrait démissionner, il y a déjà beaucoup d'agitation dans le pays et dans le monde », a indiqué Aya, 40 ans, interrogée dans les rues de Londres. « Il a reconnu son erreur, maintenant on devrait passer à autre chose ».

Pour Patrick Diamond, ancien conseiller politique et aujourd'hui professeur de sciences politiques, la position de Starmer n'est pas « irrémédiablement compromise », car il dispose d'une large majorité au Parlement, et le Labour a « tendance à faire preuve de loyauté envers ses dirigeants ». De fait, aucun prétendant à la succession de Starmer ne semble se dégager pour l'instant.