Détroit d'Ormuz : l'exécutif prépare les esprits à une crise longue
Ormuz : l'exécutif prépare à une crise longue

Détroit d'Ormuz : pourquoi l'exécutif prépare les esprits à une crise longue

Alors que le conflit irano-américain s'enlise dans le détroit d'Ormuz, Emmanuel Macron tente, jusqu'ici en vain, de régler cette question en préambule aux négociations de paix. Une impasse appelée « à durer », prévient Sébastien Lecornu.

À ses rodomontades, le monde s’est accoutumé. Au point qu’après avoir suscité l’effroi, l’inquiétude et la colère, la logorrhée de Donald Trump finirait presque par tomber dans l’indifférence. Même au sein du gouvernement français, les ministres en première ligne du conflit américano-iranien, enlisé dans le détroit d’Ormuz, ne parviennent plus à dissimuler leur lassitude et leur agacement à commenter la dernière frasque du président américain.

Qu’il menace de « reprendre les frappes », jusqu’à « l’anéantissement » de l’Iran, ou qu’il retourne aussitôt sa veste pour afficher sa « confiance » dans « l’imminence » d’un accord de paix, sa parole n’est jamais suivie d’effet. Le trafic maritime mondial reste englué dans le golfe arabo-persique et les négociations sont au point mort.

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L’impuissance de l’Élysée

Impuissant depuis le début des hostilités, il y a trois mois, le gouvernement continue de marteler que « la guerre va durer ». Des semaines, peut-être même plusieurs mois. Car, malgré les efforts d’Emmanuel Macron à agréger une coalition internationale pour dessiner une sortie de crise, celle-ci reste, à ce stade, un scénario de papier.

Avec une idée fixe : désolidariser la question d’Ormuz, devenue un nœud gordien, des discussions « fondamentales » sur le programme balistique et nucléaire iranien. « Comment l’administration américaine peut-elle imaginer parvenir à un accord là-dessus en 48 heures alors qu’on a mis 20 ans à l’obtenir (accord de Vienne signé en 2015) ? » s’étrangle une diplomate.

Seulement voilà, comment convaincre Téhéran et Washington de leur intérêt à lâcher du lest sur Ormuz ? « Libérer le détroit, en préambule aux négociations, cela permettrait à l’Iran de reprendre ses exportations de pétrole et de sortir les États-Unis du détroit, fait-on valoir au ministère des Armées. Quant aux Américains, ils peuvent se targuer d’avoir favorisé la reprise du commerce maritime et ramené l’Iran à la table des négociations sur le fond du problème : le nucléaire. »

« Le calendrier politique américain joue dans les deux sens »

Emmanuel Macron, qui échange régulièrement avec le président iranien Masoud Pezeshkian — mais est-il le bon interlocuteur ? — et avec Donald Trump, ne parvient pas, pour l’heure, à faire bouger les lignes. « Le calendrier politique américain, avec le 250e anniversaire de la naissance des États-Unis et les élections législatives de mi-mandat cet automne, joue dans les deux sens, pointe une ministre. Tantôt ça semble favoriser les négociations, tantôt le coup de force. »

Lequel serait voué à l’échec, selon l’analyse des militaires français. « Pour débloquer Ormuz, il faudrait envoyer des troupes au sol, accepter des morts par milliers, et encore ! Cette option n’est d’ailleurs pas sur la table », observe-t-on à Brienne. Où l’on insiste sur l’imprévisibilité du conflit, cependant que le Premier ministre et Bercy préparent les esprits à son impact sur l’économie française. Et donc, sur le portefeuille des ménages.

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