Le Conseil économique, social et environnemental (CESE), troisième chambre de la République, a élu pour la première fois une présidente en la personne de Claire Thoury, le mercredi 20 mai. Cette élection intervient dans un contexte de critiques récurrentes visant l'institution, dont l'utilité est régulièrement remise en question. Alors que l'échéance de 2027 se profile, la nouvelle présidente devra faire face à des défis de taille pour prouver la pertinence du CESE.
Un rôle consultatif souvent contesté
Le CESE a pour mission de « conseiller les pouvoirs publics » et de « faire en sorte que ce qui se passe dans la société soit entendu », a rappelé Claire Thoury dans une interview au Parisien. Composé de 175 conseillers désignés par les corps intermédiaires (associations, syndicats, représentants patronaux), il ne dispose que d'une fonction consultative. Lors de la précédente mandature, l'institution a rendu 140 avis en cinq ans, un chiffre jugé insuffisant par ses détracteurs.
Des critiques sur le coût et l'efficacité
La députée LR Virginie Duby-Muller estime que « dans un contexte d'arbitrages budgétaires, je n'en vois pas l'intérêt ». Elle prône la suppression de l'institution, dont le coût annuel s'élève à 34 millions d'euros, avec une rémunération mensuelle de 2 500 euros pour les conseillers. « Son rôle de produire des rapports est déjà assuré par d'autres comme le Conseil d'État, le Haut-commissariat au Plan ou les commissions parlementaires », ajoute-t-elle. Cette critique est partagée par le RN et par le maire de Cannes, David Lisnard, candidat déclaré à la présidentielle, qui promet de « supprimer cet organisme inutile ».
Un fonctionnement opaque et des privilèges décriés
L'opacité du fonctionnement du CESE est également pointée du doigt. Le député Renaissance Daniel Labaronne, auteur d'un rapport parlementaire sur le sujet, souligne que « ses agents bénéficient d'un régime social époustouflant avec 48 jours de congés payés ». Il dénonce aussi l'absentéisme des membres dans l'hémicycle : « La première des réformes serait de lutter contre l'absentéisme. »
Des réformes insuffisantes
Réformé en 2021 pour réduire le nombre de conseillers et faciliter les saisines via des pétitions, le CESE reste peu sollicité par les pouvoirs publics, malgré l'organisation de trois conventions citoyennes sur le climat, la fin de vie et les temps de l'enfance. Claire Thoury estime que « le nombre limité de saisines gouvernementales est la conséquence de la crise politique » et que « l'institution gagne à être connue, mais il ne faut pas le faire uniquement par rapport à celles et ceux qui veulent le supprimer ».
Un avertissement pour l'avenir
Daniel Labaronne met en garde : « Il est minuit moins le quart pour le CESE. S'il ne se réforme pas pendant ce mandat, ses jours sont comptés. » Il prévient Claire Thoury : « Si la présidente prend des engagements très clairs et muscle la qualité des avis rendus alors, peut-être, le CESE pourra survivre… » L'avertissement est lancé, et la nouvelle présidente devra redoubler d'efforts pour sauver l'institution.



