Bruno Retailleau : la lente maturation d'une candidature présidentielle
Chez Bruno Retailleau, on observe une mécanique particulière, semblable à celle d'un moteur diesel : il lui faut du temps pour monter en régime, nécessitant parfois une impulsion initiale. Mais une fois lancé, rien ne semble pouvoir l'arrêter. La perspective de briguer la magistrature suprême n'a jamais été une évidence pour cet homme politique qui refuse de tout sacrifier sur l'autel de sa carrière.
Des hésitations persistantes à l'appétit du pouvoir
Il y a un an à peine, dans le cadre prestigieux du ministère de l'Intérieur, le président des Républicains confiait encore ses doutes. Bien que nombreux parmi ses proches le projetaient déjà vers les sommets, lui-même semblait pris dans un tourbillon d'incertitudes. « Je n'ai pas le feu sacré », avouait-il avec une lucidité remarquable concernant la fonction présidentielle, cette « broyeuse » pour ses illustres détenteurs. « Pour devenir président de la République, vous devez faire un choix qui engage la moindre parcelle de votre être », expliquait-il, soulignant l'engagement total que requiert cette ambition.
Mais depuis le 21 septembre 2024, date qui a bouleversé son parcours politique en lui ouvrant les portes du pouvoir, Bruno Retailleau a découvert le goût de l'action concrète. Sa victoire écrasante à la tête des Républicains au printemps dernier en a fait le candidat naturel de son camp, presque malgré lui. À 65 ans, il sait que c'est maintenant ou jamais. Reculer signifierait risquer l'effacement politique, surtout après sa sortie mal négociée du gouvernement qui l'a privé de la visibilité médiatique offerte par son statut de ministre d'État.
La renaissance politique d'un cavalier casse-cou
« Retailleau est tombé de son cheval ! » ironise un proche de Gabriel Attal, qui ne le classe guère parmi les favoris de la prochaine présidentielle. Mais cette analyse méconnaît l'ancien cavalier du Puy du Fou qui, à plusieurs reprises au cours de ses quarante années de vie politique, s'est toujours relevé in extremis. Paradoxalement, ne plus être ministre d'Emmanuel Macron l'a libéré d'un certain carcan.
Après un automne difficile marqué par sa disparition de l'avant-scène politique et l'incendie de sa résidence sur l'île d'Yeu, le Vendéen a relevé la tête. C'est entouré de ses proches, durant les fêtes de fin d'année, qu'il a mûri sa décision de se porter candidat à l'Élysée pour la première fois de sa carrière. La question n'est donc plus de savoir s'il osera se lancer, mais quand et comment il déclarera sa flamme aux Français.
Une vision gaullienne des relations internationales
Dans ce monde anxiogène où résonnent à nouveau les bruits de bottes, ce lecteur compulsif réfléchit depuis des mois aux implications de la fonction de chef des armées. Il dévoilera dans les prochains mois sa conception toute gaullienne du « domaine réservé » présidentiel. Qui sait si la prochaine présidentielle ne se jouera pas précisément sur la capacité à tenir tête à Donald Trump ?
Le patron de LR n'est guère fasciné par l'« énergie » de l'ancien président américain, pourtant louée par Jordan Bardella. « Trump, c'est un rapport au monde uniquement fondé sur le rapport de force, le deal, la transaction », analysait Retailleau en petit comité dès les premières semaines du second mandat américain. « Certains de nos amis se perdent en considérant que Trump accomplit une geste de droite. C'est la marchandisation du monde : fort avec les faibles, faible avec les forts. »
La chasse aux « piranhas » et la stratégie du fait accompli
Des réunions discrètes se tiennent désormais autour de lui avec une poignée de lieutenants et d'élus, pour envisager les scénarios de son entrée en campagne. Certains le pressent d'attendre les résultats des municipales de mars, espérant surfer sur de possibles victoires. « Pour lancer une présidentielle, il faut un booster champignon comme dans Mario Kart, et ça peut être les municipales ! » suggère un ténor du parti.
Mais pourquoi attendre de se faire devancer par ses adversaires potentiels au sein même des Républicains ? Laurent Wauquiez, Xavier Bertrand et David Lisnard sont désormais surnommés « les piranhas » par l'entourage de Retailleau. Beaucoup plaident pour la « stratégie du fait accompli », qui verrait le chef des Républicains se lancer avant les élections locales pour court-circuiter toute concurrence, partant du principe que, dans un parti légitimiste, le chef est le champion désigné.
L'authenticité comme force politique
Certains conseillers pressent Bruno Retailleau d'éviter à tout prix sa chère Vendée pour annoncer sa candidature. « Il faut qu'il arrête avec l'image des chouans royalistes et cathos ! » supplie un cadre LR. Mais cette suggestion néglige la principale force de cet homme politique : son authenticité et son enracinement local.
Oui, Retailleau est rustique, austère, franchement conservateur, parfois trop poli et souvent scolaire. Le voir détailler ses premières propositions économiques début janvier à coups de PowerPoint à l'heure de l'intelligence artificielle avait quelque chose de surprenant. Mais ses partisans voient dans ce côté « old fashion », dans cette « radicalité raisonnable » qu'il prône, un antidote à la démagogie ambiante et un avantage face aux juniors Jordan Bardella et Gabriel Attal.
Un outsider qui vise plus haut
Avec seulement 8 à 13 % d'intentions de vote pour le premier tour de la présidentielle selon les sondages, Bruno Retailleau fait partie des outsiders de la compétition. Mais rien n'interdit de postuler pour mieux se positionner ensuite. Si l'on osait un pronostic, on dirait qu'il vibre davantage à l'idée d'occuper un jour Matignon, Bercy ou de retrouver Beauvau que de s'installer dans les appartements privés de l'Élysée.
Qui sait, toutefois, ce qu'il adviendra d'ici au scrutin de 2027 ? « L'affaiblissement d'Édouard Philippe et les fragilités de Jordan Bardella peuvent devenir pour lui deux courants porteurs », spécule un stratège des Républicains. Bruno Retailleau, lui, brûle d'affronter en campagne son ennemi juré, Jean-Luc Mélenchon, chef de « la France incendiaire » selon ses propres termes.
Ces dernières semaines, des militants ont lancé de leur propre initiative une campagne d'affichage appelant à voter Retailleau, « le président qu'il nous faut ». Lui affectionne une autre devise, héritée de ses années d'élève officier de réserve à l'école de cavalerie de Saumur, et qui en dit long sur sa personnalité : « En avant, calme et droit ». Une maxime qui pourrait bien guider sa marche vers l'Élysée.