Attal et Mélenchon : même méthode de désignation, même verrouillage
Attal et Mélenchon : même verrouillage politique

Parfois, le calendrier vous joue des tours. Si le top départ dans le processus de désignation de Gabriel Attal pour la présidentielle avait été planifié différemment, sa ressemblance avec les procédés utilisés par Jean-Luc Mélenchon aurait moins retenu l’attention. Mais là, pas de chance ! Le chef insoumis a annoncé sa candidature dimanche soir, tandis que le bureau exécutif de Renaissance, le parti dont Gabriel Attal est secrétaire général, était programmé pour lundi soir. Et il faut vraiment décider de regarder ailleurs pour ne pas voir entre les deux événements un troublant parallélisme des formes.

Un processus similaire chez LFI et Renaissance

Pour mémoire, une réunion de l’intergroupe LFIste, composé des élus du parti, s’est tenue dimanche après-midi. La candidature de Jean-Luc Mélenchon a été proposée par la direction du mouvement, baptisée « coordination des espaces » et, incroyable surprise !, aucun autre compétiteur ne s’est signalé. Au terme de cette formalité, le candidat a annoncé la nouvelle au 20 heures de TF1 : « Oui, je suis candidat. » Puis, pour recouvrir cette autonomination d’un peu de vernis démocratique, a été lancé un appel au soutien populaire, sous forme de 150 000 parrainages citoyens, obtenus en moins de 24 heures.

Le « candidat naturel » de Renaissance

Gabriel Attal, lui, avait mandaté deux membres de son fan-club, par ailleurs soutiens historiques d’Emmanuel Macron, l’entrepreneur social Jean-Marc Borello et l’ancienne sénatrice Bariza Khiari, pour consulter les militants et rendre un rapport sur le mode de désignation du candidat Renaissance à l’élection présidentielle. Ils ont présenté leurs conclusions lors d’un bureau exécutif du parti, lundi soir. Il n’y a pas eu davantage d’effet de surprise que chez les mélenchonistes. Sur les 60 % de militants qui ont répondu à un questionnaire, les trois quarts se sont exprimés en faveur de la désignation directe de Gabriel Attal, sans passer par une primaire interne. Le bureau exécutif du parti, tout acquis à la cause de son secrétaire général, a approuvé ces conclusions à la quasi-unanimité : 60 voix pour et trois abstentions, dont celle de Yaël Braun-Pivet.

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Le 12 mai, le Conseil national de Renaissance devra donc se prononcer sur la qualification de Gabriel Attal comme « candidat naturel ». Cette instance, sorte de parlement du parti, ne risque pas de s’éloigner de la ligne fixée par la direction. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Contrairement à Jean-Luc Mélenchon, Gabriel Attal ne demande pas de parrainages citoyens. Il entend tirer sa légitimité des adhérents du mouvement, qui disposeront de dix jours pour valider sa candidature. Là encore, on imagine mal la survenue d’une jacquerie…

Tout est prévu !

D’ailleurs, tout est prévu pour la suite, à Renaissance comme à LFI. Gabriel Attal tiendra un « grand meeting » le 30 mai porte de Versailles à Paris. Il est d’ores et déjà possible de s’y inscrire, moyennant le fait de donner ses dates et lieux de naissance, son adresse électronique et même son numéro de téléphone… pour recevoir son billet par SMS. Une collecte de données qui ne sera pas inutile pour la suite des événements.

Gabriel Attal fait plus fort que Jean-Luc Mélenchon encore, dans la confusion des genres entre sa personne et le mouvement qu’il représente. La page d’ouverture du site Internet de Renaissance est entièrement consacrée à l’annonce de son « grand meeting » et à la promotion de son livre, que l’on peut précommander. Celle de LFI renvoie sur le site melenchon2027.fr, qui demande aussi adresse électronique et numéro de téléphone pour parrainer la candidature… en attendant le « grand meeting » du 7 juin à Saint-Denis.

Peu importent ces modalités plus ou moins hypocrites. Cet épisode de la politique française nous enseigne que La France insoumise, et c’est bien dommage, n’a pas le monopole du verrouillage.

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