Présidentielle 2027 : le bon timing pour se déclarer candidat
Quand se lancer dans la course présidentielle ?

Il a annoncé qu'il ne faisait pas d'annonce. Mardi, Raphaël Glucksmann, député européen, a fait savoir qu'il se donnait trois mois pour se porter candidat ou non à l'élection présidentielle de 2027. Si pour le président du parti Place publique rien n'est acté, pour d'autres, ça l'est : Gabriel Attal vendredi dernier, Jean-Luc Mélenchon début mai, Bruno Retailleau mi-février, et même Edouard Philippe depuis septembre 2024.

Un timing complexe

De quoi se demander : y a-t-il un bon moment pour se lancer dans la course ? « Le timing pour se déclarer à la présidentielle, c'est toujours très très compliqué », analyse Alexandre Eyries, enseignant-chercheur en sciences de l'information et de la communication à l'université catholique de l'Ouest. D'après lui, la plupart des candidats le font « entre neuf mois et un an » avant le scrutin, ce qui semble être « un bon timing ».

Se lancer tôt quand on est inconnu

« On vient de rentrer dans une zone de déclaration de candidatures », observe Bruno Cautrès, politologue au Cevipof. Dans dix mois, l'élection aura lieu, dans six mois, la campagne battra son plein. Cet été semble être « une bonne opportunité » pour officialiser sa candidature, remarque Amélie Salmon, conseillère politique. « C'est un temps mort politique et médiatique, donc il y a de l'espace. Les Français ont du temps pour en discuter ensemble », relève-t-elle. Pour Bruno Cautrès, à la rentrée d'automne, il sera trop tard. « Le coup sera parti, tous les gros candidats seront déclarés, ce ne sera pas facile pour les autres de se faire entendre. »

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Si vous êtes un « parfait inconnu » ou moins connu, les experts recommandent de « partir assez tôt dans la course pour que le grand public s'accoutume à votre image ». « Pour une élection présidentielle, il y a clairement une question de notoriété », appuie Amélie Salmon.

Avantages pour les personnalités connues

Pour les personnalités déjà connues, l'avantage de se présenter tôt est de pouvoir imposer son vocabulaire, ses idées, et ses thématiques. « Ça donne aussi l'obligation aux autres candidats de se positionner par rapport à vous », ajoute Bruno Cautrès. La conseillère politique met en garde : les candidats peuvent être amenés à se positionner sur tous les sujets d'actualité. « Et une position qui était juste à un moment, ne le sera peut-être plus six mois plus tard », remarque-t-elle.

Le risque de se présenter trop tôt

Même s'il peut y avoir un avantage à se présenter avant les autres, il ne faut pas prendre « trop d'avance ». « Deux ans avant, c'est beaucoup trop tôt, assure Alexandre Eyries. Le bénéfice de la fraîcheur, de la révélation, de l'attrait que les gens peuvent avoir à vous suivre, il se perd. » Il faut être constant, assure Amélie Salmon. Elle prend l'exemple de Bruno Retailleau : « Il s'est présenté avant les municipales et on l'a déjà oublié. Donc si on part tôt, il faut prévoir des étapes pour continuer de faire parler de soi. »

Mais il y en a un qui a pris beaucoup d'avance et qui s'en sort bien : Edouard Philippe, candidat depuis deux ans et demi. Il a réussi à « occuper le terrain » et à s'« autonomiser » de Macron, souligne Bruno Cautrès. « C'est plus facile pour lui, qui a son propre parti, que pour Gabriel Attal, chef de file des macronistes », note Alexandre Eyries.

En choisissant d'officialiser sa candidature dans un village de l'Aveyron plutôt que lors d'un JT, Gabriel Attal veut « se détacher du cénacle parisien et montrer une différenciation sur sa personnalité publique », observe Amélie Salmon. Finalement, le « meilleur moment » est celui qui a été bien intégré dans la stratégie électorale du candidat. « Il doit être réfléchi par rapport à la personne, à son profil, à sa personnalité, ainsi qu'à l'état de la France, et ce calendrier ne doit pas être imposé par des éléments extérieurs », cite-t-elle.

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Les stratégies des vainqueurs précédents

Pour savoir ce qui fonctionne vraiment, quelles ont été les stratégies des vainqueurs des dernières élections ? Pour la première candidature d'Emmanuel Macron, l'ex-ministre de l'Économie s'était déclaré en novembre 2016. « Ça avait été une campagne éclaire et massive, tout avait été anticipé », relève Amélie Salmon. Nicolas Sarkozy en 2007 et François Hollande en 2012 avaient officialisé leur candidature à l'automne précédent le scrutin. Nicolas Sarkozy s'était déclaré en novembre 2006 dans un entretien à la presse régionale. François Hollande avait officialisé son intention le 31 mars 2011 mais était devenu candidat du PS en octobre après avoir gagné la primaire. Amélie Salmon résume : « En réalité, tout est possible, c'est une question de préparation en amont. »

En attendant, la conseillère politique met en garde sur le nombre de candidats. « S'il y en a vingt, c'est l'abstention qui gagne. À un moment, il faudra créer des synergies, que certains déclarés rejoignent d'autres campagnes. » Et elle l'assure, il y aura « d'autres surprises ».